Sucker Punch : mais que raconte Snyder ?

[ 18 mar 2011 | 5 Commentaires | Dans les catégories: A la une, A voir, Critiques de film, Par Aineka ]

Pas grand chose ! Ou que son cinéma s’intéresse d’avantage à créer de nouvelles images et de nouveaux effets graphiques plutôt que de traiter des rapports humains.

Pour ceux qui seraient passés à côté, voici le synopsis du film :

Les méandres de l’imagination débordante d’une jeune fille, dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque. Délivrée des limites de l’espace et du temps, elle est libre d’aller là où l’entraîne son imagination, et ses aventures incroyables brouillent la frontière entre réalité et imaginaire. Internée contre son gré, Babydoll n’a toutefois pas perdu la volonté de vivre. Déterminée à se battre pour recouvrer sa liberté, elle pousse quatre autres jeunes filles à se regrouper pour tenter d’échapper à leur destin terrifiant, à la merci de leurs geôliers. Entraînées par Babydoll, les filles engagent alors une bataille fantastique avec un arsenal virtuel à leur disposition.

Le scénario, avec ses 3 mondes parallèles, n’est pas sans rappeler « Inception » ou « Matrix » toutefois sans autant de profondeur. On retrouve pour le plaisir des yeux Larry Fong, le chef opérateur de 300 et Watchmen. Mais la comparaison s’arrête là…

Une habile autocensure

Ceux qui s’attendent à la violence graphique et ultra visuelle que l’on avait pu voir dans les précédents films de Zack Snyder seront forcément déçus. Le sang a été habilement détourné par des fuites d’air et de gaz s’échappant des victimes.

En effet, Snyder a visiblement appris à détourner les codes de la censure américaine pour permettre à son cher studio Warner de sortir le film auprès d’un jeune public (ou bien est-ce le studio qui a poussé à la censure ?). Le film respecte donc des codes et est fabriqué pour correspondre au public adolescent. Il sortira apparemment en salles en France avec un simple avertissement, là où l’on pouvait s’attendre à un – 12 ans.

Il nous propose un divertissement « pop-corn », où l’histoire sert de prétexte à des combats ultra funs, entre kung-fu et gunfights bourrés de ralentis… dont un (celui de la troisième épreuve) tout en plan séquence et numérique. La bande originale est des plus exaltantes à base de reprises de grands classiques pop-rock (Sweat Dreams d’Eurythmics, Where is my mind des Pixies, Bjork…). La caméra ne cesse de virevolter sur des rythmes électriques, à la limite de la crise d’épilepsie.

Fausse bonne idée ?

Zack Snyder nous prouve donc qu’il est un excellent réalisateur de commande.

J’attendais ce film comme la première véritable création de ce cinéaste que Hollywood porte comme un de ses futurs grands. Force est de constater qu’ils voient en lui une personne capable de rendre attractives leurs idées pauvres. Il a cependant le mérite par sa violence explicite (mais mesurée) de mettre en image des sujets délicats : meurtre, viol, enfermement psychiatrique, lobotomie.

Il va même jusqu’à frôler les codes de certains films de sexploitation à la Russ Meyer. C’est à mon goût l’intention artistique la plus déplacée pour ce film destiné à un jeune public.

Bref, Sucker Punch est visuellement riche, mais n’a d’autre ambition que d’être un simple divertissement pour adolescents…  Un vrai coup de poing dans l’eau en somme.

5 commentaires »

  • Anonymous

    Il y a un truc que je ne suis pas dans ta critique; car à la fois ton plus gros reproche au film a l’air d’être que c’est trop formaté pour un public adolescent, et en même temps tu dis à très juste titre que :

    « Il a le mérite par sa violence explicite (mais mesurée) de mettre en image des sujets délicats : meurtre, viol, enfermement psychiatrique, lobotomie. »

    C’est justement ce point qui personnellement me fait dire que c’est un film pas forcément très grand public et assez violent dans ses idées à défaut de l’être dans les images. Pour un divertissement pop corn, on ira plutôt voir quelque chose d’un peu plus accessible et moins dark.

    Pour moi il est loin de n’avoir d’autre ambition que d’être un simple divertissement (ce qui me rappelle d’ailleurs ce texte génial de desproges http://www.celeri.net/desproges/criticon.html, mais passons). Il traite en filigrane de sujetsgraves, et on est loin d’en ressortir en se disant « waouh, j’ai passé un super moment grâce à ces belles scènes d’action ». On en ressort plutôt en se disant « ah oui, Sucker punch, en effet j’avais pas vu venir ça ».

    • Aineka (auteur)

      Bravo, ta citation de Desproges est très perspicace.

      Peut être n’ai je pas été assez clair dans l’article mais il est vrai que je ne voulais pas être trop précis de peur de dévoiler des détails qui auraient quelques peut spoilé un film aussi attendu.
      Je reconnais de grande qualités au film et à son auteur. Je pense même que ce film sera un succès supplémentaire attribué à Zack Snyder.

      Mais je suis déçu par rapport à l’attente que j’avais sur ce film. Je pensais le voir en me disant : « ah oui, Sucker punch, en effet j’avais pas vu venir ça ». Alors que ma réaction fut « j’ai passé un super moment grâce à ces belles scènes d’action, c’est tout ».

      Les sujets dont je parle sont seulement annoncés dans le film mais ne sont jamais traités. Le réalisateur (ou le studio ?) évite les sujets. D’où ce sentiment qu’il a été conçu pour le public adolescent. Le film reste en surface et manque vraiment de profondeur (dans son scénario notamment).

      C’est pour moi un bon divertissement à défaut d’être un bon film.

      • Reda

        Marrant tous les twittos de mes boules qui font un caca nerveux à cause de la rupture de « l’embargo ».
        C’est un coup à ne pas s’assurer ses 20 ans de projos \o/

        • Tanguy Thévenot

          Il est vrai que ta critique est peut-être un peu courte et légère mais je te soutient face aux personnes qui te critiquent pour des raisons fallacieuses (Embargo!!?? Qu’est ce que ça veut dire?!)

          Et je te suis dans ton édito, plein de personnes travaillant dans le milieu du cinéma se prétendent artistes ont du mal à s’ouvrir aux idées.

          • Aineka (auteur)

            Merci de ton soutient.
            Ce n’est pas une critique, c’est mon opinion de cinéphile amené à voir le film au sein de mon travail.
            De plus j’ignorais totalement l’existence de cet « embargo ».

          Laisser un commentaire:

          Compatible Gravatar.