Le producteur, cet idéaliste professionnel

[ 24 mar 2011 | 2 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, En ce moment, Par Mg, Production ]

Producteur. Le Saint Graal des artistes en devenir, le mogul de la création moderne, le créateur fou de projets impossibles. Derrière l’ami des stars et le financier incorruptible se cache pourtant un homme simple, ce qu’en France on pourrait simplifier en un mot : un entrepreneur. Un patron, oui, un vrai. Un de ces hommes prenant des risques pour faire vivre le rêve d’autres, ces artistes impossibles qui nous font réfléchir sur grand écran (on parle cinéma, donc, mais ça concerne aussi les autres type de diffusion).

L’entrepreneur de cinéma n’a pas un rôle facile, car outre la difficulté de créer et faire vivre (survivre) sa structure sur le long terme, il s’installe dans un milieu férocement concurrentiel, et à la merci du grand décideur : le public. Rien n’est garanti donc, et heureusement en France on ne monte pas les projets sur la future audience (ou audimat, selon), bien qu’elle soit imaginée par les comptables, mais sur le projet. Formidable système hexagonale, exception culturelle qui fait foisonner la création dans nos vertes contrées. Oui, le producteur franchouillard est aujourd’hui écartelé entre la recherche d’aides majoritairement public (CNC, régions…) ou privée (distributeurs, chaines tv, sofica…), toutes interdépendantes et nécessairement additionnées pour livrer un budget final supportant le poids d’un film, c’est à dire des charges fiscales et salariales logiques dans notre bon droit. Voilà donc le serpent qui se mord plus que la queue, puisque le producteur affronte la recherche de financement pour ensuite courir après les rendus de compte… Au milieu, vous trouverez quand même quelques bons moments, dont le producteur devenu capitaliste n’appréciera pas toujours la saveur ; le tournage, la sortie. Tout cela emmêlé évidemment dans l’angoisse de la réussite et du bon ton.

Le producteur est donc un homme stressé. Comme tout patron, direz-vous, et vous aurez raison, sauf que la création artistique conserve un suspense peu ordinaire. On peut passer des années à monter un projet qui sera une large daube, ou surfer sur une mode et sortir un film pas cher qui sera un succès. Voir l’inverse (et on ne reviendra pas sur la bipolarisation des financements, entre les grands gourmands qui ramassent tout et les maigres budgets à qui on ne donne rien, sans parler des films moyens qui ne rentrent pas dans les cases). L’inégalité du box office ne répond à aucune logique, mais plutôt à être là au bon moment au bon endroit. Évidemment dans le lot se glisse quelques vrais bons films, mais ne soyons pas trop optimistes.

2011. Le cinéma existe peu ou prou depuis une centaine d’années, et reste un milieu en perpétuelle évolution. Rapide, sauvage ; la réalité respecte avec difficulté une législation qui, elle-même, peine à suivre la technologie mutante de ces derniers temps. Aujourd’hui, producteur de films, c’est aussi être au fait des dernières inventions. Multiplication des moyens de diffusion, menace d’une extrême libéralisation des échanges (le piratage…), intrusion grandissante des techniques face à l’artistique… Le producteur doit désormais défendre non plus son film, mais son activité. Mutation de la télévision, qu’elle soit existante (France Télévisions, Arte…) ou à venir (Google TV, Apple TV, VOD…), internationalisation des financements…

Un producteur aujourd’hui, c’est avant tout un homme caméléon qui doit affronter les abysses du capitalisme galopant, coincé entre désirs artistiques et objectifs économiques, quand il ne doit pas faire vivre des projets voués à ne pas avoir de public. Un idéaliste donc, qui pourtant conserve foi en sa croisade personnelle et professionnelle, qui mérite d’être défendu, car pivot central de la création.

 

A lire également : cet article sur le métier de producteur.

 

2 commentaires »

  • keymaster

    « heureusement en France on ne monte pas les projets sur la future audience »? Oui, on les monte juste pour les tourner, pas la peine d’encombrer les salles, laissons ça aux américains.

    • Hephaistos

      Enfin contrairement à l inconscient collectif, un producteur en France c est surtout quelqun qui ne fait pas grand chose si le CNC ne file pas d aide. Qui prend des risques…parfois peut etre mais soyons honnete…rare sont ceux qui investissent sans avoir de très hautes garanties avant (finances CNC et pré-achat) qui certifient au moins le retour investissement. Télé et CNC étant plus qu étroitement liés c est au final eux qui décident du droit de vie ou de mort d un projet. Le producteur qui met la moitié de sa fortune pour la beauté du cinéma…ca n existe qu à l étranger et ici c est de l ordre de l utopie… chercheurs d or assez frileux est une bonne définition…

    Laisser un commentaire:

    Compatible Gravatar.