Bien dans sa casquette

[ 16 mar 2011 | 4 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, En ce moment, Jeu d'acteur, Par Aineka, Production, Réalisation ]

Dans notre secteur d’activité, nous travaillons avec des gens qui se considèrent artistes, ou alors techniciens pour une vision artistique. Ils sont au service d’un art… du moins en théorie.

En arrivant dans ce milieu, je m’attendais à rencontrer des personnes dont l’ouverture d’esprit serait significative. Je voudrais témoigner de mon étonnement à côtoyer des gens qui ne conçoivent pas, ou qui ont des difficultés à concevoir, que l’expression de chacun puisse prendre un angle différent.

Je m’explique….

Je suis acteur mais aussi dans une période où mon expression personnelle évolue. Je co-réalise actuellement un documentaire et découvre de nouveaux intérêts dans la réalisation. Par souci d’indépendance, je commence aussi à mettre un pied dans la production.

Je suis étonné du regard que l’on pose sur moi quand certains découvrent que je porte plusieurs casquettes. J’ai même la sensation que cela me dessert. Beaucoup se demandent ce que je suis vraiment… certains souhaiteraient que je me décide et choisisse une place. Ici, je n’ai qu’une casquette qui porte plusieurs écritures, plusieurs couleurs… Peut-être n’est-elle pas à votre goût, mais les goûts et les couleurs…

Le cinema m’intéresse dans son entier. C’est ma curiosité qui m’a fait devenir acteur. Ma curiosité  d’incarner des personnages éloignés de mon parcours de vie. Mais aussi la curiosité de rencontrer et de m’adapter à des univers différents du mien. Je peux d’ailleurs vous affirmer qu’en réalisant un documentaire et en prenant conscience des problèmes de production qui en découlent, je vis une expérience qui m’enrichit en tant qu’acteur.

Quand certains disent que je m’éloigne de ma route, que je devrais rester à ma place initiale, j’ai envie de leur répondre avec les mots d’un réalisateur que beaucoup d’entre nous estiment.

Lors d’une conférence de presse à la sortie de son film Mystic River en 2003, Clint Eastwood répondait :

« Le fait que mes quatres principaux comédiens soient tous passés à la réalisation était pour moi un véritable atout. J’ai toujours pensé que chaque acteur devrait réaliser un film et qu’en retour chaque réalisateur devrait s’essayer à la comédie. Ainsi chacun peut comprendre tous les aspects de la production d’un film. Vous entendez parler parfois d’acteurs en retard sur les plateaux et ce genre de choses. Cela n’arrive jamais avec un acteur qui a été réalisateur. Car un acteur-réalisateur a une vision globale du film et de ses soucis de production. Ces quatre acteurs sont tous de très bons réalisateurs, c’était donc très agréable.« 

Les acteurs-réalisateurs dont il parle sont Sean Penn (Indian Runner, The Pledge, Into the Wild…), Tim Robbins (la dernière marche), Kevin Bacon (Loverboy et la série The Closer) et Laurence Fishburne (Once in the life).

Sean Penn est d’ailleurs pour moi une référence artistique tant comme acteur que comme réalisateur. Loin de moi toute comparaison.

Notre conscience du monde définit en partie notre sens artistique. Il y a différents moyens d’exprimer son point de vue : par le jeu, la réalisation, la peinture, la photo…

Je sais que je ne suis pas un cas isolé dans mon envie d’essayer différentes facettes du cinéma. En France les cas sont de plus en plus fréquents : Mélanie Laurent, Kad Merad, Dany Boon, Patrick Mille dernièrement… ou même Daniel Auteuil qui sortira son premier film prochainement.

Trouvez-vous qu’ils prennent des places qui ne sont pas les leurs ?
Existe-t-il seulement des places ?

De manière générale, pourquoi doit-on mettre les gens dans des cases, leur attribuer des étiquettes ? Le problème se pose aussi pour les genres : certains souhaitent assoir une certaine réputation avant de changer de registre. Il est parfois difficile pour des acteurs de télévision de passer au long métrage en France. Certains de mes collègues acteurs s’interdisent de passer des castings de pubs de peur pour leur avenir.

Est-ce lié au métier ou à notre culture ?

Ces problèmes me semblent moins présents aux États-Unis. De très nombreux acteurs ont leur société de production et lancent leurs projets. Michael Douglas était même producteur de « Vol au dessus d’un nid de coucou » en 1976, alors âgé de 30 ans. Il jouait à l’époque Steve Keller dans la série « Les rues de San Francisco ». Il n’a pas attendu le « Diamant vert » ou Wall Street.

En tout cas, ici en France, j’ai appris à ne pas communiquer mes différentes expressions artistiques, j’ai un CV pour chaque casquette. Cela permet aussi d’affirmer que je saurai rester à ma place, chose très importante sur un tournage. Mais n’est-ce pas triste de devoir en arriver là ?

Mon vrai souci maintenant est de savoir sous quel titre je dois faire ma demande d’accréditation au Festival de Cannes…

4 commentaires »

  • keymaster

    Ces questions de doubles casquettes sont pertinentes pour les gens célèbres. Pour nous, c’est assez dérisoire, moi, je n’ai pas deux métiers différents, mais une vingtaine et quand on me demande ce que je fais, je reste évasif pour ne pas me fatiguer à répondre (Dans les milieux artistique et techniques Il n’existe personne qui gagne sa vie avec un seul métier et ceux qui s’en étonnent ne doivent pas avoir beaucoup d’années d’expériences).

    • Aineka (auteur)

      Tu as sans doute raison.
      Dans ton expérience personnel, as tu déjà constaté que le regard de certains professionnels avaient sur toi changeait lorsqu’ils découvraient tes multiples aptitudes ? Positivement ou négativement ?

      • keymaster

        En 10 ans d’expérience, tu auras fait tous les métiers de l’audiovisuel, en 20 ans, tu auras fait tous les métiers, et en 30 ans, tu les auras fait partout sur la planète. Si quelqu’un s’en étonne, tu peux dire que c’est lui qui est bizarre.
        Par contre, ce qui risque de faire sourire, c’est si tu dis que tu es réalisateur ou producteur, si tu l’est, pas la peine de le dire, je l’ai appris par la presse. Tu peux quand même le dire, mais juste pour épater les filles.
        Sinon, dans le milieu, je ne connais que des clients auxquels je fais des propositions et qui me payent, et des sous-traitants que je fais travailler et que je paye. Les professionnels, je ne sais pas ce que c’est, j’ai beaucoup de mal à prendre au sérieux ceux qui se disent comme tel.

        • Aineka (auteur)

          Je comprends.

          Tu veux dire par là, qu’il vaut mieux retirer sa casquette pour garder la tête froide !

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