La limite entre aide et exploitation

[ 31 mar 2011 | 1 Commentaire | Dans les catégories: Analyses, par Zem, Production ]

Faire un film, ça coûte de l’argent. Je ne pense pas vous apprendre grand chose en vous disant cela.

Même un court métrage peut coûter beaucoup d’argent : beaucoup de décors, mise en scène ambitieuse, nouvelles technologies… Le budget peut très vite grimper et même atteindre celui d’un « petit » long métrage parfois. Mais la part la plus importante des dépenses, et surtout en France, c’est celle des salaires. Une équipe technique, avec les charges sociales qui vont avec, coûte cher (une bonne moitié du budget du film parfois).

Bien sûr, certains s’en sortent très bien en s’autoproduisant et en demandant l’aide gracieuse de quelques techniciens. Il est d’autant plus courant et facile aujourd’hui de tourner un court métrage tout à fait respectable de cette manière, avec un DSLR et pas mal de bonne volonté.

Mais lorsqu’on est une société de production, qu’on reçoit un montant honorable pour tourner grâce aux aides habituelles (régions, chaînes de télé, etc.), il est normal de payer ses techniciens, non ?

Oui, les charges sociales sont chères. Oui, l’économie du court métrage est fragile. Oui, c’est un métier de passionné. Mais avec un gros budget, n’y a-t-il vraiment aucun moyen de payer ses techniciens ?

La question mérite d’être soulevée. Comment peut-on avoir un beau budget sur un film et choisir de ne pas payer les techniciens ? Financièrement ça arrange la prod, moralement faut l’assumer, et professionnellement, ça tue à petit feu les métiers du cinéma. Ah oui, et c’est illégal.

Lorsqu’on fait un film pour peu d’argent, comme beaucoup de jeunes réalisateurs le font ces temps-ci, il est difficile d’aller au-delà du défraiement des techniciens, et c’est un compromis que tout le monde accepte. Lorsqu’une société de production n’arrive pas à boucler le budget d’un film, elle peut aussi avoir recours à l’aide gracieuse de certaines personnes. Mais lorsqu’on a le budget nécessaire et surtout lorsque celui-ci est plutôt élevé, pourquoi ne pas faire les choses dans les règles ?

Bien sûr, chaque film est particulier et a ses propres problématiques, et il reste à trouver la limite entre aide et exploitation… Mais où se situe-t-elle ?

1 commentaire »

  • Irène

    Il y a quelques prod qui sont disons réglo. Beaucoup qui ne le sont pas.C’est particulièrement dans le domaine du court qu’on s’aperçoit que la limite entre aide et exploitation est tellement mince que les deux se confondent souvent. Alors oui c’est galère de produire un court, oui il y a des charges, oui le budget final est souvent plus élevé que le projet de financement. Oui produire c’est prendre des risques mais on ne fait pas un film tout seul. Que serait un court métrage sans réal’, sans chef op, sans machinistes etc… et sans comédiens aussi. Bref, pour ne parler que du réal par exemple, il va bosser sans rémunération en espérant être payé au final. Il a un contrat de cession où la plupart du temps la rémunération consiste en pourcentages. Le contrat est une carotte placée devant son nez. Au final, vu que les pourcentages sont fixés sur les RNPP et bien le réal n’a rien. Le minimum garanti quant à lui est souvent la seule rémunération qu’il aura, et encore! Il arrive que ce minimum ne soit pas réglé, mais reporté et donc jamais réglé. Ce n’est pas une semaine de tournage qu’il a donné c’est bien plus, car le travail en amont se chiffre en mois. Qu’est-ce qu’il perçoit pour son boulot? S’il a le bol que le court soit diffusé sur une chaine, il aura quelques droits d’auteurs… payés par la sacd, pas par la prod. Bref pour en terminer, je pense que dans ces cas là (qui sont très fréquents) l’aide est tout simplement synonyme d’exploitation.

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