Arrêtez de prendre les gens pour Nikon

[ 8 fév 2011 | 10 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, par Zem ]

C’est l’histoire d’un « festival » sans tapis rouge, sans Palais des Festivals, sans marches à monter.

Un festival qui a fait parler de lui (ça c’est bien), mais en mal (ça c’est moins bien).

Le « Festival du Film Nikon », est au départ un concours en ligne permettant aux réalisateurs de soumettre leurs films sur le thème « Je suis un héros ». Les films doivent être en HD, faire entre 30 et 140 secondes et ne pas avoir déjà été montrés en public ou diffusés.

Beaucoup de films soumis et pas mal de votes plus tard, le règlement est modifié, afin de permettre aux films déjà existants et/ou déjà vus et distribués de faire partie de la compétition. Une décision plutôt surprenante. Ne pouvaient-ils pas y penser plus tôt ? Modifier le règlement d’un jeu en cours, c’est plutôt maladroit…

En tout cas, de nouveaux films font leur apparition, dont le très acclamé « Greenboy » de Jérôme Genevray. Fort de son succès déjà bien relayé sur la toile, le film attire de nombreux votes et sert malheureusement de défouloir aux détracteurs du concours. Les commentaires, ouverts et anonymes, s’abattent sur ce pauvre Greenboy, qui n’a fait que se retrouver là parce qu’on lui a permis de le faire. Les attaques qu’a subi le film sont injustes, car découlant du choix discutable de modifier le règlement.

Le prix du public a donc été biaisé par de nouveaux arrivants, et un classement pas forcément représentatif de la réalité des votes. Mais peut-être que tout cela est très correct si on applique la formule « bayésienne » donnée dans le règlement :

NF = (V x Nf + M x Nt) / (V + M )

En sachant bien sûr que :

V = nombre de votes pour ce film
Nf = note moyenne du film (somme des notes divisée par le nombre de votes)
M = nombre de votes minimum requis pour être pris en compte dans le classement (80)
Nt = note moyenne de l’ensemble des film

Ahem…

Toujours est-il que le concours s’achève sur la délibération du jury (présidé par François Ozon, au passage) et un compte-rendu rédigé de façon très ambiguë et maladroite. Encore une fois, c’est une pluie de commentaires incendiaires et d’appels à boycott de Nikon qui s’abat. Mais assez justifié pour le coup.

Il est notamment expliqué que les membres du jury « ont pu visionner leurs films préférés ainsi qu’une sélection des films les plus vus, les plus notés et les plus likés sur Facebook« , une tournure plutôt bancale qui laisse entendre que tous les films n’ont pas été vus par le jury…

Comme l’explique un participant en commentaire de l’article : « Le choix de certains membres du jury préférant récompenser des films de « facture amateur » me semble ne pas correspondre aux critères énoncés dans le règlement (qualités technique, de scénario, de photographie et de mise en scène)« . Encore un mauvais point pour Nikon.

Au final, beaucoup d’incompréhensions, de frustrations et d’indignation du côté des participants à qui on présente un palmarès loin de l’ambition pourtant très bonne du « festival », comme ils l’appellent.

Organiser un concours, c’est bien. En modifier le règlement en cours, c’est discutable. Ne pas le respecter lors de la remise des prix, c’est très mal.

C’est l’histoire d’un « festival » sans tapis rouge, sans Palais des Festivals, sans marches à monter… et c’est pas plus mal.

10 commentaires »

  • stephane

    « Le choix de certains membres du jury préférant récompenser des films de « facture amateur »
    C’est tellement arty. Tout est dit. Le mec qui se défonce pour faire un film de bonne facture il l’a dans l’os, comme d’hab’.

    • Leones

      Oui, récompenser des vidéos amateur quel courage! Bravo au jury, la grande classe.
      Et vive Ozon, qu’il continue de cachetonner sur des festivals internet entre deux films médiocres.

      • Julien

        Je suis bien d’accord, mais pourquoi commencer en parlant de ce Greenboy??? C’était vraiment mauvais et prétentieux ça. L’auteur du film aurait-il écrit cet article par hazard, pour dire: « le très acclamé Greenboy ». Soyez sérieux.
        La selection du festival est honteuse, mais en parlant de ce film, vous discréditez l’article.
        Il y avait bien mieux, « la naissance d’un héros » par exemple. Un peu tire larme, mais bien foutu. Et beaucoup d’autres…
        Sinon, ok sur le fond. Nikon, grosse, grosse arnaque.

        • Zem (auteur)

          Je parle du « GreenBoy » simplement parce que c’est notamment avec sa participation au concours qu’a enflé la polémique.

          « Très acclamé » en effet, car il fait pas mal parler de lui sur la toile, et c’est tant mieux pour lui.

          Après on aime ou on aime pas, mais là n’est pas la question.

          • Leones

            @Zem: en relisant cet article c’est vrai que ça fait un peu promo de Greenboy (avec lien sur la page facebook en prime!)

            Vous auriez mieux fait de parler des autres films en plus de celui-là, effectivement il a suscité la polémique mais ce n’était pas le plus représentatif de la qualité des films qui ont été évincés.

            • Mg

              Petite mise à jour de la situation, après avoir assisté à la remise des prix.

              En soi, rien à redire sur les 10 (très) courts métrages retenus. En deux minutes, difficile d’esquisser quelque chose de concret, et pourtant certains ont fait dans le subliminal. Voire le théorique. Récompense justement accordée à « Je suis ton héroïne » du jeune Pierre-André Le Leuch, très belle mise en image de l’amour et la drogue (ou l’inverse). Prix du Public, et prix du Jury!

              Quelques prix additionnels ont été remis, chaque juré ayant visiblement souhaité distinguer 1 film par personne. Étrange, mais pourquoi pas.

              La cérémonie en soi a mis en avant les nouveaux liens entre Nikon et le festival de Clermont, c’est toujours sympa de souhaiter la bienvenue à un sponsor (même si l’étaler en public…). Si le petit discours du responsable Nikon sentait la comm’ à des kilomètres, rien de bien extravagant ici, et le déplacement n’était pas vraiment utile si ce n’est pour saluer les quelques jeunes (futurs?) cinéastes qui venaient justement chercher leur récompense. En dehors de toute polémique.

              • Jeremy

                « Récompense justement accordée à Je suis ton héroïne » : c’est… c’est une blague ?!
                Sans même débattre de la qualité du film, vous ne trouvez pas ça hallucinant que le prix du public et du jury reviennent au même film ? Ça ne se fait dans aucun festival, et on distingue même 2 prix justement pour récompenser d’un côté le film le plus populaire, de l’autre le plus artistique.
                Et comble du comble, « Je suis ton héroïne » est magnifiquement hors-sujet ! (ah mais non pardon… y a un jeu de mots dans le titre !).

                Mais c’est tout de même émouvant de voir la tradition du cinéma français se perpétuer. On récompense la jeune aristocratie (Pierre-André, votre film est formidable !) qui voudrait tellement être underground. Alors allons-y pour la lumière glauque, les cuisses, et… et… la drogue ! Juste ciel !

                • Steakfrite

                  Ce festival était effectivement d’une démagogie déconcertante !

                  Des paillettes, rien que des paillettes. Des marketteurs qui refusent d’écouter des participants outrés et donnent des réponses sucrées tout droit sorties d’une publicité pour Calgon, un palmarès en désaccord avec les critères annoncés dans le règlement, un film qui remporte le prix du public alors qu’il a été rajouté quelques jours avant la fin du concours, le cumule du prix du jury par ce même-film, ce qui était un cas de figure interdit dans le règlement de Nikon… Bref, ils peuvent oublier pas mal de monde pour la prochaine édition, car celle-ci était suffisamment lamentable comme ça.

                  J’ai honte pour le jury.

                  L’auteur de cet article semble être un défenseur du film Greenboy: Il oublie sans doute de préciser que le film a été ajouté AVANT et non après la modification du règlement. Jerome G. s’est donc incrusté dans le concours alors qu’il n’avait rien à y faire. Il a donc bien mérité les multiples réactions dont il a été la cible.
                  J’ai d’ailleurs vu qu’un de ses films a été sélectionné au MOBILE FILM FESTIVAL, alors que ce film a clairement été tourné avec une caméra, et pas au téléphone portable, comme le règlement le demandait. C’est donc un habitué des tricheries en tout genre.

                  C’est moche.

                  • Jerome

                    Cher Streakfrite, au doux pseudo.

                    Je ne cherche pas à jouer la polémique, car je pense que l’énergie que nous avons doit être dans le sens de la création, de l’entraide et non à se bastonner les uns et les autres.
                    Mais je réponds à ton accusation stérile. Les deux films dont tu parles ont été accepté par les sélectionneurs. Où se situe donc la tricherie?
                    En ce qui concerne Greenboy, je l’ai inscrit au festival Nikon parceque je trouvais que le film collait au thème, et c’est après que j’ai vu la condition de nouveauté dans le réglement. Je n’y suis pour rien si les organisateurs ont accepté mon film (malgré les commentaires des autres participants) et ont changé le réglement ensuite. Ou vois tu de la triche? Moi, je vois dans ton commentaire un sentiment pas très joli.

                    • steakfrite

                      Ce sentiment s’appelle l’intégrité. Ce n’est pas parce que les sélectionneurs baissent leurs pantalons et bafouent leur propre règlement que ta responsabilité n’est pas engagée, cher Jérome.

                      Pour finir, je n’ai aucune envie de fraterniser avec toi sous prétexte que nous faisons tous les deux des films. On prend tous les deux une caméra et on appuit sur « rec », mais c’est tout pour les points communs.

                      Bien à toi,
                      Steak frite moutarde piquante.

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