Cannes : un Padawan parmi les Jedi

[ 23 juin 2010 | 1 Commentaire | Dans les catégories: Analyses, Cannes 2010, Par Hephaistos ]

Je reprends la plume, quelques temps plus tard, les idées claires, et je reviens sur mon expérience passée au 63ème festival de Cannes.

Le retour est dur : route à parcourir, fatigue, grisaille qui vous accueille, on quitte les paillettes de la Croisette pour rejoindre celles qui illuminent Paris. Les artifices sont différents mais la finalité pas si éloignée. Cannes c’est les yatchs, les voitures de rêves, les smokings et robes bien taillées, les clubs inaccessibles et la lumière des projecteurs. Ne nous leurrons pas, la « fine fleur » de l’industrie mondiale est présente. Acteurs, producteurs, réalisateurs, techniciens, chaines de télévision, journalistes de tous bords et célébrités se croisent sur la Riviera et s’y exposent.

Le top est d’afficher fièrement la Sainte accréditation que vous laisserez pendre nonchalamment sur votre buste gonflé d’orgueil.
Bienvenue dans la famille !

Cannes c’est donc beaucoup de sensations désagréables qui parcourent continuellement l’échine du cou.

Mais quand on y réfléchit bien la ruée vers le Klondike ne s’est pas justifiée par le climat hostile de la région mais par la possibilité de creuser et d’y trouver… de l’or !
Avec le piolet en main et la vaillance du mineur dans l’âme, on a affronté l’aridité locale afin de repartir avec des pépites. Une semaine et demie au soleil, la mer comme voisine, des films partout, écrire pour LesCineastes.fr… c’est déjà un très bon point de départ. Se faire plaisir c’est déjà bien faire les choses ! Vous pouvez déjà lire quelques articles à propos du panel visionné par vos serviteurs, il y a de vraies perles. A guetter sur vos écrans impérativement.

Même si mon incompréhension est totale quand à la Palme d’Or du cru 2010, j’ai eu, preuve à l’image, que la sélection est dans son ensemble impressionnante. Tous les genres sont représentés et la qualité de certaines productions est bluffante. L’engagement politique et sociologique que j’affectionne particulièrement étaient bien présents. Difficile d’estimer la valeur du ticket d’entrée de ces différents concurrents, le principal est que le spectateur s’y retrouve et c’est le cas dans l’ensemble. J’ai pu, à certaines occasions, retrouver ce petit bout de sentiment enfantin qui vous fait plonger dans le grand rectangle rempli d’images qu’est le cinéma. Pour un cinéaste il n’y a pas grand-chose qui vaille cela sur la planète…

Le festival du film c’est historiquement une idée simple, un truc de passionnés qui veulent mater des films tout en profitant du paysage méditerranéen. Victime de son succès, la bonne idée devient le rendez-vous de la planète image. Force est donc de constater que tout ça prend des formes d’usine à gaz. Imaginez, pas loin de 30 000 pèlerins qui prennent d’assaut une petite ville de province et sa salle polyvalente… ça crée quelques bouchons…

Ainsi donc il n’est pas simple pour l’accrédité de bas niveau de se faire une place au soleil. Les accès aux salles wifi ou numériques du palais sont refusés, de même pour les projections de la sélection. Vous pouvez croiser tout le monde mais… vous avez intérêt à crier beaucoup plus fort que la foule qui se presse autour des personnes dignes d’intérêt (diffuseurs ou producteurs par exemple). Tout se mélange dans un grand fatras et jeunes réalisateurs, comédiens, producteurs du dimanche se frôlent sans pour autant se rencontrer. Les infrastructures laissent parfois penser que le multiplex de 17 salles de Villeneuve-la-Garenne s’en sortirait mieux tant la masse de monde est importante.
Cannes c’est un peu comme la frustration du salon de l’auto alors que vous essayez d’entrevoir la dernière Porsche.

Malgré cette rançon du succès, et à coups de 20 millions d’euros déboursés par le CNC, Canal +, la région et les autres partenaires financiers, on doit quand même avouer que la machine se met en branle.
Le marché du film propose légion de productions plus ou moins classes, les nations étrangères ont un espace réservé, plus de 500 lunettes noires et costumes beiges régulent le flux, des conférences sont organisées et le Short Film Corner est une petite porte ouverte aux créatifs de demain où le lobbying est le mot clé.

L’équation finale est donc la suivante : festival qui propose beaucoup de choses + surpopulation = gros bazar.

Maintenant qu’on vous a donné le tuyau, à vous de l’exploiter. Quand vous savez quels obstacles affronter, vous pouvez vous y préparer.  Journalistes et amoureux de cinéma : faites-vous plaisir et partez à la recherche de la petite projection qui sortira du lot. Porteur de projets : vous avez intérêt à avoir énormément avancé sur votre bébé car les 3 secondes que l’on vous accordera seront vite oubliées par un auditeur dont la propre charge de travail est immense. Réalisateur s: si votre film n’est pas « screené » à Cannes alors préparez vos teasers. Pour les courts-métragistes inscrits, utilisez les salles de projection gratuites du Short Film Corner et rameutez autant de spectateurs que possible. Quoi qu’il en soit, soyez solide, sûr de vos projets et ne vous leurrez pas une seule seconde, les désillusions seront au rendez-vous, nombreux sont ceux qui se battent déjà à des stades extrêmement avancés de production. N’oubliez pas vos cartes de visite, une bouteille à la mer a toujours une probabilité d’être retrouvée et surtout collectionnez celle de vos rencontres. Ca servira sûrement un jour.

Comment va le cinéma ? Eh bien… mal et à la fois plutôt bien !

Mal parce que le secteur est surchargé, trop de projets, trop de gens, trop de crise et forcément… pas assez de producteurs, de diffuseurs, d’argent quoi !
Mal parce que malgré cette surcharge, on continue d’être choqué quand on voit certaines productions médiocres atteindre le grand écran.
Mal parce que l’esprit général souffre d’un gros relâchement qualitatif, « 7ème art » est devenu un gros mot et le phénomène « industrie » fait oublier à certains que tout ça n’est pas si sérieux et économique après tout. Faire du cinéma c’est se faire plaisir et rêver !
Mal parce qu’il n’existe aucune transition réelle entre la nouvelle génération et le système en place, va falloir forcer la porte !

Et pourtant, le cinéma a toujours été fait de bric et de brocs, de décors et de mise en scène. La masse continue de se débrouiller et y arrive. Certains des films que j’ai pu visionner sont la preuve qu’il y a toujours une âme dans ce secteur et qu’elle sait se faire entendre. Il faut juste être conscient que seul les « fils de » et les plus grands combattant ont une chance d’y arriver.

Ma conclusion sur le festival de Cannes sera donc la suivante : bossez dur, soyez les meilleurs, vous ne reviendrez sûrement pas avec le contrat du siècle mais vous aurez passé une semaine et demi à profiter du soleil, à voir des films, et à discuter de ce qui normalement vous passionne pendant des heures avec des interlocuteurs du monde entier qui partagent votre amour.
Fêtez le cinéma quoi !

1 commentaire »

  • Djemaa Pascal

    Bonne journée et merci pour le partage de ces articles, Pascal.

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