La nouvelle censure française

[ 27 mar 2010 | 18 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, Par Electron Libre, Production ]

Nouvelle forme de censure dans le cinéma français…

…tellement bien censurée qu’on n’en parle nulle part.

Il a toujours été difficile de vivre de son art. A notre époque, le cinéma est pour beaucoup une niche qui brasse des millions, comme la laverie automatique de la rue Léon Frot brasse ses montagnes de tee-shirts. En ces années dites de « crise » – à propos, elle est pour qui la crise ? – ce secteur professionnel fait de plus en plus rêver.

Diplômes requis : aucun.
Qualités physiques pour avoir plus de chances de réussir : des dents qui rayent le plancher et n’avoir rien à perdre.
Rémunération : astronomique en cas de réussite sinon RSA (Revenu Symbolique pour Artistes éconduits).

Face à ce tout ou rien, il y a des gens modestes comme vous et moi, passionnés par le fait de pouvoir raconter une histoire avec des images et qui considèrent encore le cinéma comme un art et pas uniquement un moyen de se faire du blé. Quand on est dans ce cas de figure, qu’on n’a pas envie de rayer le plancher avec nos dents, que faire ?

Il n’y a pas si longtemps, à peine quelques années, un groupe de professionnels pouvaient se réunir entre copains et décider de faire un film. Et, plutôt que d’attendre le cul sur une chaise des subventions qui de toute façon allaient toujours à ceux qui en avaient le moins besoin (ceci fera l’objet d’un autre billet d’humeur), ils pouvaient décider de remonter leurs manches et de se mettre à l’ouvrage.

Leur but : produire un long-métrage.

Leurs moyens : l’argent que chacun pouvait sortir de sa poche, beaucoup d’espoir, encore plus d’optimisme et une tonne de travail.

Parmi ces films « indépendants », c’est-à-dire venant d’un artiste qui s’investit seul et sans aucune contrainte dans son art, on trouve beaucoup de films ratés pour différentes raisons qui ne sont pas toujours un manque de talent, mais on trouve également des pépites d’or. Et pour tous ceux interrogés après une telle aventure, le résultat est toujours positif, même s’il n’est pas toujours financier.

A notre époque, est-ce toujours possible de faire un film autoproduit ?

Nous avons interrogé quelques « professionnels » sur la faisabilité d’un tel projet et n’avons pas été surpris de la virulence de leurs réactions. Voici leurs réponses.

Analyse par un producteur en vogue appartenant au « club » très fermé des amis du CNC :

« Quoi ? Répétez-moi ce que vous venez dire ? Vous êtes fous ! On ne met jamais, au grand jamais, son propre argent dans une production. Vous n’êtes pas sérieux j’espère? Et puis quoi encore ? On gonfle les budgets, on ouvre nos escarcelles et on attend que l’argent tombe des caisses du CNC et des banques. Puis, avant même que de commencer à travailler, on met de côté environ 20% du budget. Non ce n’est pas notre salaire de producteur, c’est un… arrêtez de me couper, ce n’est pas un détournement, c’est un… paiement. De quoi ? Un paiement. Ensuite, on prend notre salaire de producteur et on le vire illico presto dans un de nos comptes à l’étranger. Puis on règle d’avance tous les frais de fonctionnement de notre boîte de production pour les années à venir. Si on fait plusieurs films en même temps ? On les règle plusieurs fois. Et puis, mais seulement à ce moment là, on regarde ce qui reste pour faire le film. [ca ne vous est jamais arrivé de regarder un film dont vous connaissiez le budget faramineux et de vous demander  « Mais ils l’ont mis où l’argent ? Pas sur l’écran en tout cas ! » Et bien voilà, vous avez la réponse maintenant.] S’il ne reste pas assez d’argent pour faire le film ? Pas grave, on a plusieurs options. On demande une rallonge qu’on nous accorde et dans le pire des cas, on ferme la boîte pour en ouvrir une autre dans la foulée. Mais mettre notre propre argent dans un film ? Vous n’êtes pas sérieux ? Vous êtes des amateurs. Ou pire… des passionnés. »

Analyse par un décisionnaire du « Club des Nantis du Cinéma » :

« Quoi ? Répétez-moi ce que vous venez dire ? Faire un film en utilisant votre propre argent ? Cela vous permettrait de tourner n’importe quel scénario sans qu’on puisse intervenir ! Que diraient nos responsables si l’on n’était plus capable de bloquer des scénars qui ne respecteraient pas les lignes du Parti ? Et puis vous êtes qui d’abord ? On ne vous connaît pas. Le gâteau n’est pas extensible à l’infini. Alors on préfère le réserver à ceux que l’on sait être reconnaissant. Il y a un dicton très fameux dans notre milieu monsieur le malin qui veut autoproduire son long-métrage : « Un film qui n’est pas produit par l’argent de la profession n’a aucune chance de voir le jour. » Compris ?! »

Analyse par un conseiller juridique ou avocat :

« Bien sûr, votre projet est réalisable mais il comporte énormément de risques pour la petite société que vous avez montée et dans laquelle vous avez mis toutes vos économies. N’oubliez pas qu’il est toujours possible que vous soyez tenu pour responsable de certaines dettes en tant que dirigeant. Si vous ne payez pas TOUS les membres de l’équipe, le fisc, l’Urssaf et les prud’hommes vont vous tomber dessus. Vous serez traîné devant les tribunaux et aurez à payer d’importantes amendes. Comment ? Aux USA il y a des centaines de films qui sont autoproduits ? Et bien monsieur le petit malin, allez-y aux States. Mais nous en France, Monsieur, nous respectons le droit du travail et des travailleurs. »

« Comment ? C’est aux USA que les syndicats professionnels sont les plus puissants et pourtant ils trouvent normal que chacun, s’il le désire, puisse donner un peu de son temps à un projet auquel il croit ? Et bien, ici cela n’existe pas Monsieur. Tout travail mérite salaire. »

« Comment ? Vous dites que vous et vos associés vous travaillez nuit et jour depuis des années sans être payés ? Vous m’avez donné la réponse dans votre question ! Vous êtes associés donc votre travail sera rémunéré par vos actions lorsque la société fera des bénéfices. »

« Comment ? Et si tous les intervenants sur le film avaient aussi un intéressement aux résultats du film ? Moi je vous répondrai : Et si le film ne fait pas de bénéfice, il est injuste que des travailleurs ne soient pas payés. »

« Comment ? Et si votre société fait faillite avant que vous puissiez récupérer de l’argent pour votre travail ? C’est un risque patronal. Un simple employé n’a pas à le prendre. Même s’il en rêve, même si cela lui donne un premier crédit sur un long-métrage, même s’il n’a rien à faire ce mois-là que d’attendre son chèque d’intermittent du spectacle, il n’a pas à donner de son temps à un producteur qui va forcément l’exploiter et travailler dans l’irrespect le plus total du droit du travail. Donnez une première chance à un inconnu qui ne fait partie de la famille ? Vous voulez rire j’espère ! »

Analyse par un financier :

« Tout d’abord merci d’être venu me voir monsieur. Votre argent m’intéresse. Si vous avez un peu de liquidité ne l’investissez pas dans un rêve. L’industrie du cinéma bloquera votre production par tous les moyens en sa possession : pas d’agrément donc pas d’aide à la sortie en salles donc pas de distributeurs donc de sortie au cinéma. Dans le meilleur des cas, si vous avez un « nom » vous pourrez peut-être le proposer aux télévisions mais n’y croyez pas trop parce que c’est de films qu’elles ont besoin pour remplir leur quota. Pas de téléfilm et c’est dans cette catégorie que se rangera votre œuvre puisque pas de sortie en salles. Alors il vous restera la VOD et la vente sur internet mais croyez-moi monsieur, il vous sera impossible même d’obtenir un simple remboursement de votre investissement financier. Sans compter que vous ne pourrez jamais payer ceux qui vous ont fait confiance et que donc vous allez vous griller définitivement sur la place de Paris. Vous voulez un conseil ? Attendez, faites-vous des amis, sortez, souriez, serrez des mains et rentrez dans la famille. Faites lire vos scénars par les commissions. Suivez leurs conseils. Ne tournez pas ce que vous avez envie de tourner mais ce qu’ils vous laisseront tourner. Et peut-être que dans quelques années… Vous serez trop vieux ? Peut-être. C’est la vie. »

Eh oui, vous l’avez compris maintenant. Plus aucun film, que ce soit un court ou un long métrage ne peut légalement se tourner sans que chaque membre de l’équipe ne soit payé. Et déclaré. Ce qui revient à dire qu’à moins d’être un riche héritier ou de trouver un mécène, il faut demander des aides au CNC, qui ne les accorde qu’après lecture du scénario du film à tourner.

Que le gouvernement ne donne de l’argent des contribuables qu’aux œuvres qui ne le dérangent pas est compréhensible. Mais qu’il empêche les autres d’exister à coups de procédures juridiques et de décisions arbitraires est inadmissible et ressemble étonnamment à une censure d’autant plus efficace qu’elle est larvée.

Que veut dire le mot censure ?

C’est est la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun. Elle passe par l’examen du détenteur d’un pouvoir (étatique ou religieux par exemple) sur des livres, journaux, bulletins d’informations, pièces de théâtre et films, etc. — et ce — avant d’en permettre la diffusion au public. Par extension, la censure désigne différentes formes d’atteintes à la liberté d’expression, avant et/ou après leur diffusion (censure a priori et a posteriori).

Si nous ne sommes pas en plein dans cette définition ! La censure est semblable à l’Hydre de Lerne, gros serpent d’eau à corps de chien possédant plusieurs têtes qui se régénéraient doublement lorsqu’elles étaient tranchées. Une seule d’entre elles était immortelle. Et devinez de quoi elle était faite ? D’or, bien sûr.

18 commentaires »

  • Mg

    Vaste débat!

    Le cinéma est comme tout autre secteur une activité industrielle avant tout. Faisant vivre des employés mais aussi des patrons, qu’ils soient acteurs, techniciens, producteurs… Aucune magie là dedans. Dès lors, pour réussir, il s’agit de connaître bien les rouages du système pour u faire son chemin, et effectivement il y a deux voies.

    Soit l’autoproduction, et dans ce cas c’est un risque personnel. La plupart du temps, il faut se méfier, car s’autoproduire demande une sacrée expérience précédente pour ne pas se planter. Ce qui est rarement le cas, car au final on veut toujours faire les choses de manière professionnel, et cela entraîne certaines obligations…

    Soit la production officielle, et vous rentrez dans le système. Pour un auteur, c’est donc démarcher un producteur, qui va monter un budget (recherche de subventions…), trouver une équipe.. Quand vous avez un producteur fiable, tout se passe bien, si vous êtes patient.

    Et effectivement il faut être prêt à lutter, car le cinéma attire beaucoup de gens, extrêmement motivés, et il faut s’y faire une place. Finalement peu de gens vraiment arrivistes, mais pensez qu’au fil des projets (si tout va bien), vous rencontrez beaucoup de mondes, souvent pour peu de temps, et qu’il est difficile de se faire de vrais amis, mais beaucoup de connaissances. C’est ce qu’on appelle la grande famille du cinéma, avec une certaine science pour se frayer un chemin dans un milieu où tout le monde est amis sans vraiment se connaître…

    • Electron Libre (auteur)

      Merci pour ce commentaire ô combien lucide et intéressant. L’illustration concrète de cet article va bientôt paraître avec l’aventure indianajonisk d’un long-métrage récemment autoproduit en France. Bien sûr, toute ressemblance avec un film réellement existant ne sera que purement fortuite.

      • Roger

        Avez-vous des exemples de films autoproduits qui sont sortis en salle ?

        • michel

          Le tableau qui est brossé de notre milieu professionnel est réaliste bien qu’un peu excessif . Il rassemble toutes les attitudes négatives de nos producteur pour en faire un portrait effrayant. Il existe toute une variété de producteurs plus ou moins sympathiques et un peu moins caricaturale. Bien évidemment, j’en ai rencontré qui étaient bien pires. D’ailleurs, souvent plus attirés par les paillettes que par « l’amour de l’art » mais peut-être serait ce leurs faire trop d’honneur que d’en parler.
          Si la question de l’auto-production se pose plus vivement c’est surtout parce que les moyens techniques ont évolués. On peut facilement assumer aujourd’hui la production d’un film entre copains fraîchement sortie de l’école de cinéma: c’est tout de même un point très positif. On peut se poser alors la question du devenir de ce film dans un circuit classique de distribution. Il est évidement pratiquement inexistant. Il demeure que ce film existe et qu’il peut potentiellement être vu. Il suffit pour cela d’organiser des séances plus ou moins discrètes qui permettent au moins de confronter le film à des spectateurs. C’est un point formateur non négligeable. Outre l’aspect formateur, on peut aussi penser à des moyens de diffusion plus larges , plus festifs, moins officiels.

          Le cinéma se démocratise, c’est un rêve qu’ont fait nos ainés qui ne pouvaient alors avoir recours qu’à l’argentique. Malgré ça certains ont pu faire circuler des idées. Je pense d’ailleurs à l’initiative d’une monteuse et de son copain réalisateur qui, dans les années 68/70, organisaient des projections sauvages de leur film pour informer sur l’avortement.

          La production et la distribution va devoir changer car l’évolution technologique la pousse à le faire.
          C’est le cas de la « nouvelle vague » qui est sortie des studios grâce à l’arrivée des caméras légères comme le Caméflex.
          Pour l’instant nous n’en voyons que les effets pervers qui permettent aux producteurs de réduire les coûts. Peut-être devrions-nous penser à nous organiser pour créer de nouveaux circuits de distributions.

          • Julien

            Selon moi, on se trompe de terrain de combat dans cet article (en tout cas le plus urgent !).

            Je sais que c’est relou d’être refusé au CNC et je me plains souvent du manque de « films de genre » en France (voire de films engagés), mais regardons dans les pays voisins la quantité de films qui se fait par rapport à la notre et, peut-être, arrêtons de râler 2 minutes… non ?

            Sans le CNC, il n’y aurait pas 10 films français par semaine mais 2 ou 3 par mois maxi. Et on peut se demander quel genre de films et d’où viendrait le seul financement ! Réponse : des chaînes TV. Le vrai problème, c’est que, à la télé, et de plus en plus dans les boîtes de distribution, le cinéma est régi par des mecs qui sortent de HEC (et plus de Louis Lumière) et qui ont plus de tableaux Excel dans la tête que d’envies artistiques. Pensez-vous que les choix de TF1 et M6 sont à privilégier ? Ne croyez-vous pas qu’il est là le vrai combat ?

            • Hephaistos

              Les combats se situent sur plusieurs fronts Julien.
              Ce qui est relou ce n’est pas d’être refusé par le CNC (qui a parfaitement le droit de dénigrer les mauvais scénarios), ce qui est très chiant c’est de ne même pas être acceuilli par le CNC. D’y être traité comme de la m… par une bande d’incompétants dans des bureaux qui n’ont jamais vu un plateau de tournage. Ce qui relou c’est que si tu n’est pas déjà dans la famille tu n’a aucune chance. Ce qui est relou c’est de voir le nombre de films à la c… qu’ils soutiennent. Ce qui est relou c’est de voir autant de fric (qui est souvent récolté grace à des films qui marchent comme Avatar par exemple), redistribué aussi mal.
              Ce qui est relou c’est les chaines de TV qui régissent tout? Eh bien la moitié des résident du CNC bossent pour des chaines…
              Ce qui est relou c’est qu’aujourd’hui faire un film sans le CNC est quasi impossible. Ce qui est relou c’est que si tu as un scénario qui sort du drame émotionnel et qui rentre un temps soit peu dans le fantastique, eh bien tu te trouverais au fin fond de la Laponie que tu n’aurais pas plus de moyens de le tourner.
              Ce qui est relou c’est qu’on ne se rende même pas compte que cette main mise n’est même pas dans le sens de l’audience, car le public attend aussi d’autres choses.
              Bref ce qui est de plus en plus relou c’est de n’avoir absolument plus aucune ambition créative dans les administrations de ce pays. Car c’est bien de celà qu’il s’agit: d’administrations, avec le café à 9h35 tous les matins et la fin de journée à 16h. Les vacances de Micheline de la comptat. Et surtout pas ruer dans les brancarts du DG…

              • Mg

                Une question sur ce propos serait tout de même ; peut on vivre de son métier en dehors du système? Faire un film autoproduit le permet il?

                • Electron Libre (auteur)

                  Le débat soulevé est plus vaste que celui du CNC et de l’attribution des subventions. Comme l’écrivait Hephaistos, c’est le droit le plus absolu du CNC de refuser des scenarii, bons ou mauvais d’ailleurs, sans avoir jamais à se justifier. C’est comme ça: ceux qui sont dans le club ne s’en plaignent pas, ceux qui n’y sont pas se plaignent de ne pas en être.
                  Ce qui me semble par contre anormal, c’est qu’il soit maintenant impossible de faire des films à visée commerciale sans passer par le CNC. Pourquoi les films produits avec l’aide de l’argent du contribuable et ceux qui le sont professionnellement mais par des sociétés qui ne reçoivent aucune subvention – donc avec les économies et la bonne volonté de passionnés – ne pourraient-ils pas coexister économiquement? C’était possible il y a quelques années. Cela ne l’est plus.
                  Aux Prudhommes, des Présidents de séances ont froidement annoncé avoir reçu des consignes strictes de la part du CNC pour punir les sociétés qui travaillent avec des « bonnes volontés ».
                  Pourquoi tant de haine par rapport à la passion?
                  La plus grosse part du marché sera toujours le domaine des sociétés importantes car jamais une société ne pourrait financer un « Avatar » sur ses fonds personnels ou sur ceux de ses dirigeants. Il parait juste, également, que si une société reçoit des subventions, elle paye ses équipes. Mais lorsqu’une société, pour des raisons diverses, ne demande pas à l’état de subventionner son film, qu’elle met tous ses fonds propres et l’argent de ses dirigeants, que l’équipe technique ainsi que les acteurs sont d’accord par contrat pour se faire payer sur les rentrées ultérieures, pourquoi alors rendre illégale cette production et lui ôter toute chance d’exister commercialement?

                  • Mg

                    Tout à fait. Faire un vrai film demande des ressources, ne serait ce que pour payer son équipe, et le matériel (tournage, postprod..), même en vidéo. C’est souvent ce qui manque à de jeunes cinéastes « qui en veulent », prêt à tout sacrifier, mais bloquer par ces nécessaires postes de financement.

                    Certes, le système français est assez mal foutu puisqu’il enferme de plus en plus dans la nécessité d’avoir recours aux mêmes passages obligés (CNC, mais aussi régions, sofica…). Jouer en dehors du terrain devient impossible. Maintenant, ne soyons pas hypocrites, tout le monde a envie d’intégrer le club.

                    Mais il est vrai que les professionnels de la profession ont peur de l’arrivée des « amateurs », notamment depuis que les cartes professionnelles de producteurs ont disparues. Saviez vous que dorénavant les associations avaient le droit de déposer certaines demandes de subventions auprès du cnc?

                    • Julien

                      @Hephaistos : les questions et les problèmes que tu soulèves sont tout à fait réels et légitimes, mais pour faire avancer les choses, il faut sans doute faire transparaître un aspect un peu plus universel et donc documenté.

                      Cet article enfonce une porte ouverte : tous les jeunes qui veulent faire du cinéma aujourd’hui ont rencontré ces situations difficiles et rageantes. Pourtant, le nombre de festivals et de courts métrages ne cesse d’augmenter. Il est possible avec la vidéo de faire des choses pas chères et de les diffuser dans des centaines de festivals en France, et sur Internet. La problématique du long métrage est plus douloureuse car en effet, cette clause qui assure un salaire aux techniciens faisant partie d’une telle aventure professionnelle, empêche la diffusion de longs métrages amateurs sans visa… Mais avec 5 à 10 longs français qui sortent par semaine en salles, crois-tu qu’il y ait une visibilité (commercialement parlant) pour un film tourné sans argent ?

                      Les commissions du CNC n’ont jamais montré de grand intérêt pour les films de genre, c’est vrai et c’est très triste, mais elles sont quand même là pour jauger (par le biais de la prime à la qualité ou du soutien à la production) de la qualité du travail d’écriture ; il faut être conscient de la possibilité que 95% des scénarios de genre envoyés puissent être mauvais. Toutes les autres aides sont automatiques (avances et soutiens) pour des boîtes de prod « installées », càd ayant déjà généré un retour sur investissement… normal non ? Il faut donc inclure dans sa démarche, en tant que cinéaste, une recherche de producteurs un peu installé ou conscient des approches possibles du CNC.

                      En tout cas, pour faire bouger les choses, je ne suis pas sûr qu’inonder Internet avec cet article-là soit une super idée. Il transpire trop « l’expérience personnelle mal vécue ». Pourquoi ne pas rédiger un vrai article de fond, avec des exemples, des témoignages concrets, des statistiques (elles existent) sur les types de films soutenus, etc… ? un article conscient, consciencieux et de bonne foi ? Alors les critiques (légitimes) sur le CNC pourront paraître crédibles et efficaces.

                      • Hephaistos

                        Cette discussion devient passionnante, et c’est là la force de cet article. Je pense donc qu’il était nécessaire. Pour moi les longs commentaires qui suivent sont à integrer à ce texte. En effet, ils reflètent tous les aspects, les pensées et les courants existants.
                        C’est très bien de se confronter, car c’est ainsi que l’on apprend tout au long d’une vie.
                        Se remettre en question est une chose essentielle et tu nous le permet.
                        Rien que pour ça, il vaut le coup d’en disscuter. Et c’est tout le propos de ce site. Pas d’inonder le web d’idées néo-faschistes de cinéastes en manques qui entamment des cabales sans buts…
                        Cet article a du fond car il transpire le vécu et si ça c’est pas du fond je ne sais pas ce que c’est. Je t’invite chaleureusement à le completer de statistiques si tu en as l’occasion.

                        N’empèche que:
                        Tu juge toi même les critiques sur le CNC légitimes. L’idée n’est pas d’entrer dans la haine mais de faire sentir la tendeance désastreuse que prennent les choses. Je ne dis jamais que tout est noir, je dis juste que beaucoups de choses ne vont pas et c’est ce que fait Electron libre mais aussi de nombreux cinéastes, techniciens et anciens de la proffession.
                        Le panel des cinéastes, car nous sommes un panel de gens qui ne se connaissent pas forcément et qui avons chaquns une expérience bien différente de la vie, sommes tous plus ou moins d’accord pour relever ces incohérences qui pourrissent la vie de la proffesion. Le vécu est la meilleur des expériences et quand le nombre est représentatif alors ça a un réel impacte (et c’est donc aussi une réalité)

                        Pour ma part je ne pense pas qu’une maison de production doit posseder un compte de soutiens automatique pour la simple et bonne raison qu’un très bon premier film n’a jamais assuré une production suivante de qualité. Tu enlève toute autocritique et remise en question…

                        C’est vrai nous sommes nombreux dans ce secteur et il y en a forcément de mauvais…le truc c’est que beaucoup se trouvent au CNC et dans le service public… (jugement très personnel bien que partagé par beaucoup, après tout si eux jugent les scénarios qui ont le droit de vivre… on peut aussi juger leur travail non ?) J’en ai d’autant plus le droit qu’en tant que consommateur lambda de cinéma je donne ma part de subvention au CNC ce qui inclut les salaires. J’en suis donc actionnaire (minoritaire certes) !

                        Des films tournés sans argent peuvent être de véritables succès (qui a dit Blair Witch ?) Ce n’est aucunement un critère de qualité… et il y a jurisprudence.

                        Les producteurs de nos jours, pour beaucoup, attendent des scénarios qui ont déjà obtenu le soutiens du CNC (tellement plus facile).

                        La prime à la qualité ne récompense pas le travail d’écriture mais le produit après réalisation.
                        Le soutien à la production est tu l’as dit toi même un compte automatique qui ne récompense pas non plus l’écriture (documentation quand tu nous tiens…)

                        • HusoBey

                          Tiens d’ailleurs, les films de genre, parlons-en.

                          Moi je suis complètement pour qu’il y ai plus de films de genre, et je suis d’avis qu’il n’y en a clairement pas assez.

                          Avec l’engouement pour les sites de coproduction (Motion Sponsor, TousCoProd…), on a vu débarquer La Horde sur nos écrans de cinéma. Un pure film de zombie à la française, un vrai film de genre, enfin !

                          Et qu’en est-il ? Force est de constater (à travers les avis autour de moi, que ce soit des professionnels ou des amateurs) que le film est plutôt mauvais. Oui, vous allez me dire que le film n’avait pas un grand budget. Certes, mais le scénario est mauvais, et pourtant on a les mêmes crayons et les mêmes feuilles que les américains (comme dirait l’autre).

                          C’est un peu une balle dans le pied que s’est tiré la communauté des fidèles coproducteurs, et des fans de films de genre. Parce qu’en voyant les critiques et l’engouement autour du film, si j’étais un des producteurs que vous aimez critiquer, j’aurai bien pouffé de rire.

                          Je pense que La Horde est un coup dur pour le cinéma de genre en France et le système de coproduction sur internet, tout simplement parce qu’il n’est pas à la hauteur des espérances.

                          De mauvais jours attendent ce cinéma là…

                          • Dom

                            Et à l’étranger, quelle est la situation actuelle ?

                            D’ailleurs, n’est-il pas envisageable pour certaines productions de se tourner vers des pays frontaliers ? Alors ok, vous me direz que je détourne le problème, ce qui est vrai.

                            Personnellement, je ne maitrise pas du tout les tenants et aboutissants mais des films se voient allouer des fonds de la part de certaines villes où les tournages ont lieu, car derrière, cela permet parfois de promouvoir l’aspect touristique. Bien sûr, le peu de fois où j’ai entendu parler de cela, on touchait à des productions plus que « modeste ». Pour les petits, c’est peut-être une « ouverture » possible ?

                            Mais bon, cet article ainsi que les messages qui ont suivi donnent à réfléchir sur le CNC et sa politique.

                            • Electron Libre (auteur)

                              Que ceux qui peuvent déterminer par des critères objectifs et quantifiables ce qu’est un article de fond nous fassent partager leur connaissance du sujet, je pense que cela en intéresserait plus d’un. Pour moi, un article de fond peut effectivement s’appuyer soit sur une connaissance empirique du sujet (personnelle ou pas)soit sur une connaissance acquise par livres et statistiques interposées. Quelle est la meilleure source? Je ne permettrai pas de répondre à cette question. A chacun le soin de décider par rapport à sa sensibilité et à son vécu.
                              Quant à la réflexion de Julien sur le fait qu’inonder Internet avec cet article-là ne soit pas une super idée, elle m’apporte une certaine satisfaction egotique. Je ne savais pas que « Les Cinéastes » avait un tel pouvoir de pénétration dans la toile.
                              Et toujours dans un souci de vérité, une petite remarque sur les deux derniers mots de la phrase: « l’article transpire trop l’expérience personnelle mal vécue ». Je ne nie pas que cet article s’appuie sur des faits réels, c’est certain. Mais il est issu de nombreuses expériences personnelles, pas d’une seule. Certaines ont été bien vécues, d’autres moins. Ecrire un tel commentaire relève d’un jugement tout à fait personnel et, de ce fait, aurait mérité au moins un point d’interrogation après les guillements. On n’assène pas de tels points de vue sans s’enquérir, au préalable, d’un début de véracité auprès des personnes qu’ils concernent. En tout cas, moi c’est ce que j’aurais fait, n’êtes vous pas d’accord?
                              Pour terminer, je tiens à repréciser une nouvelle fois que dans cet article j’ai eu envie de partager mon inquiétude quant à l’originalité des futures productions cinématographiques. Ce n’est en aucun cas une simple critique de plus par rapport au fonctionnement ou à l’existence même du CNC. Juste un questionnement auquel je n’ai pas de réponse : pourquoi une cohabitation entre les oeuvres étatiques et les véritables indépendants n’est-elle PLUS possible dans notre schema économique actuelle?

                              • keymaster

                                Oui, il existe deux grandes sortes de producteurs, une minorité qui agissent comme décrit dans l’article et qui le disent,

                                et la grande majorité des autres, qui agissent exactement de la même façon mais parlent de septième art la main sur le cœur. Il y a forcément de la fumisterie quand ils disent qu’ils ont eu un coup de cœur pour une histoire et que l’on voit les daubes qu’ils mettent sur le marché.

                                Il y a encore une autre catégorie qui essayent de faire du cinéma, mais ceux-là font juste semblant d’être producteurs et ne font pas de vieux os. (finalement, ce sont eux qui font le plus de dégâts en perdant et en faisant perdre un maximum d’argent à leurs partenaires)

                                • Mg

                                  @ HusoBey : Avant de tomber sur les sites de coprod’ en ligne, La Horde est le fruit d’un montage financier classique par un producteur qui a osé vouloir faire ce film. Mais n’ayant pas trouvé assez d’argent, il a eu recours à ce système, encore embryonnaire, mais qui pourra devenir un nouveau flux financier pour producteur en détresse.

                                  @ Dom : la situation ailleurs est quasiment identique, il te faut passer par la soumission de scénarios à des producteurs pour qu’ils puissent monter le projet, trouver des financements, etc… Il y a aussi nombre d’aides publics ou privés, des investisseurs privés (banques, etc…) qui existent dans d’autres pays, ce serait même plus difficile car trouver des financements non automatiques et convaincre des partenaires privés (même chaines, etc..), c’est pas gagné. Que dire aussi de la common law à l’anglaise, où le scénariste ou le réalisateur sont des employés du producteur, qui au final conserve la maitrise du scénario? La situation n’est pas forcément rose aussi de l’autre côté…

                                  Et pour l’attrait touristique, évidemment obtenir un financement de région ou de département, c’est avoir de l’argent public, et ce ne sont pas des mécènats culturels, ils y voient souvent un potentiel pour montrer leur aspect local… Certains le font ouvertement, d’autres non, mais nous sommes là en politique!

                                  Bref, tout ça pour dire que notre système de financement en France n’est peut être pas le plus performant, mais qu’il faut malheureusement se faire à l’idée qu’il s’agit d’une industrie comme une autre, certes très aidée par les pouvoirs publics, et extrêmement dépendant de commissions ou de lecteurs qui ne partagent pas nos conceptions personnelles du cinéma. Mais de manière logique, apporter son financement à un film, c’est aussi apporter un peu son avis sur le projet, donc attendons d’avoir une génération de geek au CNC… :)

                                  • R.i.p

                                    Est il possible se faire produire aux états unis afin d’éviter la censure massive qu’on retrouve en France?

                                    Je suis scénariste et j’ai pour premier projet une oeuvre un peu déloicate car se faisant d’un humour trés débridé.

                                    Je comprend bien, ne pas passer par des networks car mon projet est entièrement écris, et de ce étant seul déteneur des droits sera « écouté » et non « censuré ».
                                    car les productions US ne fonctionnent pas comme en France, l’auteur mène la barque et tout le monde reste fidèle aux idées de celui qui détient les droits.

                                    alors est il possible se faire produire aux états unis afin d’éviter la censure massive qu’on retrouve en France?

                                    c’est bien la vraie lumière au bout du tunnel, sinon se recycler à faire autre chose.

                                    • Electron Libre (auteur)

                                      « les productions US ne fonctionnent pas comme en France, l’auteur mène la barque et tout le monde reste fidèle aux idées de celui qui détient les droits. »

                                      Vous avez raison, tout le monde reste fidèle aux idées de celui qui détient les droits. A un détail près: celui qui va détenir les droits sera uniquement le producteur puisque, alors que c’est impossible en France, il peut acheter TOUS les droits à l’auteur.

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