Interview cinéma L’Escurial – Partie 2/3

[ 13 mar 2010 | Pas de commentaire | Dans les catégories: Interviews, Par Aineka, par Zem ]

Deuxième partie de notre interview de François Joannis, responsable du cinéma L’Escurial, dans le 13ème arrondissement de Paris.

Propos recueillis le mercredi 3 février 2010


Aineka: J’ai remarqué que le dimanche vous projetiez des films indépendants avec la présence des réalisateurs. C’est particulier à Paris, surtout des séances avec l’équipe en dehors des périodes de promotion. Comment ça se passe ?

François: A la base on a commencé avec des programmations pour enfants le dimanche. On faisait tourner une salle avec ça et petit à petit on s’est dit qu’on allait faire tourner l’autre salle. On s’est rendu compte que ce créneau du dimanche matin à 11h, en fait, c’est un très bon créneau ! On s’est mis à organiser des séances autour du documentaire. Depuis un an ou deux, on a une alternance entre un partenariat avec L’ACID (l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), ce sont eux qui choisissent les films et qui amènent les intervenants : ça peut être le réalisateur comme le producteur. Un dimanche sur deux, c’est un documentaire où la plupart du temps on reçoit le réalisateur. Lors des projections de l’ACID, les films peuvent être sortis de l’actualité ou être passés inaperçus lors de leur sortie mais c’est le but de cette association. Pour les documentaires, on essaie d’avoir des trucs qui sont sortis il n’y a pas très longtemps.

Zem: Entre les séances de films indépendants, les documentaires, les séances pour les enfants, les courts métrages, ça fait une programmation assez ouverte à d’autres choses que les sorties d’actualité. C’est une particularité de la salle ?

François: Ce sont les marges, on va dire. Il y a la programmation brut, tous les jours, de 14h à 22h, et les marges, comme les matinées, les petits évenements qu’on peut organiser le soir sur ce genre de créneau. Après on ne peut pas organiser ça en retirant une séance du soir, sauf dans le cas des Soirées courts métrages. Ça cause certains grincements de dents, car quand on fait une soirée court métrage, on annule 2 séances d’un des 2 films qui tournent. Quand c’est des films un peu en fin de parcours, ça peut passer. Parfois ça peut poser de vrais problèmes avec le distributeur, car 2 séances du soir qui sautent, ça ne se fait pas…

Zem: Je me souviens que vous programmiez The Kid de Chaplin, je trouvais intéressant de montrer des films comme ça aux enfants. D’où vous vient ce genre de choix ?

François: Cette programmation s’appelle l’Enfance de l’Art, organisée par une association qui s’appelle le Cinéma Indépendant Parisien. L’idée est de mutualiser les besoins. Tous les 3 mois, elles font un pré-choix et ensuite on se met d’accord sur un certain nombre de films. Effectivement, elles sont assez ambitieuses dans leurs choix. On a eut The Kid, comme des films plus pointus, ça n’empêche pas d’avoir Beattlejuice ou d’autres pour les tout petits.

Zem: De notre côté, nous aimons bien ces initiatives car le cinéma a aussi un rôle d’éducation…

François: C’est bien mais à ce détail près, pour avoir essayé plusieurs choses, je dirais qu’il y a soit un manque de curiosité soit de disponibilité du public qui fait qu’on a essayé des choses qui étaient ambitieuses et ça ne suivait pas du tout.

Zem: Comme par exemple ?

François: On avait fait une semaine « Jazz au cinéma ». Une semaine de films dont la bande son était Jazz, la plupart du temps c’était une musique originale. On avait bossé des mois là-dessus, c’était super bien monté, on avait des bons partenariats et finalement c’était ultra décevant. Le seul qui ait marche c’était « Ascenseur pour l’échafaud ». Je me suis dit, tout le monde l’a vu, on le met parce qu’il est magnifique. C’est le seul qui a rempli la salle, le seul connu. C’est difficile d’amener le spectateur à voir des truc différents.

Quand j’avais commencé, j’avais plein d’idées sur des trucs à faire. Je faisais la constatation qu’on voyait toujours les mêmes films au cinéma. Même au cinéma d’Art et d’Essai, les même rétrospectives : y en a marre ! Sauf qu’en projetant des films qui n’étaient pas connus, ou moins connus ça ne marche pas. Et la rétrospective Woody Allen en été, y a plein de monde alors que tout le monde les a vus, revus et re-revus !

Zem: Il y a quelque chose auquel on est attaché, en tant que cinéastes sur notre site, c’est les courts métrages. Et si il y a bien un endroit où on a vu des courts métrages, c’est ici.

Aineka: Du fait que vous organisiez des soirées courts métrages, que vous projetiez des courts métrages avant certains films, quelle est votre sensibilité par rapport aux courts métrages ? Cherchez-vous à les défendre ?

François: Les soirées courts métrages, c’est un choix de la propriétaire des cinémas, Mme Sophie Dulac. C’était une volonté de sa part et ça se passe bien. C’est peut être un des seuls événements où on dépasse le public dit « de quartier ». L’idée était de faire un événement promotionnel pour faire découvrir la salle mais depuis 5 ans qu’on fait ça, on a créé un public pour les soirées courts métrages mais qu’on ne voit jamais à d’autres moments. Ça c’est un peu dommage.

Aineka: A la différence que ce que vous faites ici, c’est que vous projetez un court métrage avant un long. Exemple avec Le Refuge de François Ozon, précédé d’un court métrage de 6 minute de Nicolas Philibert.

François: C’est autre chose, il se trouve qu’on est abonnés à un dispositif qui s’appelle le R.A.DI (Réseau Alternatif de Diffusion) qui dépend de l’Agence du Court Métrage. Et eux proposent des forfaits, ce qui donne droit de diffuser toutes les semaines un court métrage. Mais bon, dans une salle qui ne gagne pas d’argent, ça revient à dépenser chaque année 1200 euros. Dès que l’opportunité se présente, on en met un. Mais le problème étant que l’opportunité se présente de moins en moins. Il faut que la durée du film s’y prête, environ 1h30, car il faut qu’on ai une inter-séance suffisamment grande. Et aussi que le programmateur ne souhaite pas faire 6 séances par jour au lieu de 5 Et puis il y a le problème de la durée, c’est-à-dire, le court fera 7 minutes maxi. On ne passera jamais un film de 10 minutes, encore moins de 15 minutes devant un film.

Ce qu’il y a de marrant, quand les gens entrent dans la salle, les agents d’accueil disent: « Vous aurez un court métrage en première partie » pour les informer et qu’ils ne pensent pas qu’ils se sont trompé de films. Il y a des gens qui nous disent « merci », parfois certains nous répondent « Oh ce n’est pas grave » ! Sauf qu’en discutant avec certains spectateurs j’ai compris aussi quelque chose, c’est que certains le vivent comme une contrainte. C’est-à-dire qu’ils sont venus voir un film et on leur impose un truc qu’ils n’ont pas choisi. Il peut y avoir aussi une réaction de rejet face aux courts métrages.

Zem: Si le court est là, il y a une raison, un rapport avec le film ?

François: On essaie de faire en sorte, mais bon ce n’est pas dit. Cette semaine, c’est un rapport avec les enfants, mais souvent on essaiera de faire un rapport d’ambiance. De mettre un court dans l’esprit du film.

Aineka: Sur notre site, on s’est interrogé sur la place du court métrage ou de la publicité avant la séance. Personnellement, la pub nous agace !

François: Oui, c’est de la propagande. Il y a des gens qui viennent à l’heure pour voir la pub et quand on leur dit qu’il y a un court métrage ils nous disent : « Ce n’est pas grave». Si on va souvent au cinéma, ça devient du matraquage : se taper les mêmes spots dans la figure chaque jour.

Nous on a des séquences de pub qui durent entre 2 et 5 minutes. Et dans des cinémas dans notre situation on en a besoin. Mais chez nous, c’est une régie publicitaire qui gère cet espace. Ce qui est troublant c’est que les films annonces sont de plus en plus mélangés aux spots de régie publicitaire, ça saute un peu du coq à l’âne.

Alors que nous, les bandes annonces que nous passons sont celles des prochains films qui seront à l’affiche dans notre cinéma.

Zem: Pourquoi d’autres cinéma ne programment pas, comme vous, des soirées courts métrages ?

François: Parce ce que ça engendre des frais. En général, ça nous coute environ 700 euros. Au début, c’était conçu comme un coup de coeur de la propriétaire des Ecrans de Paris, tout en faisant un événement qui fasse la promotion du lieu. Le résultat, c’est qu’on a réussi à créer un public pour les soirées court métrages !

Dans la troisième et dernière partie de l’interview, nous reviendrons sur les projections numériques et la délicate question de la rentabilité.

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