Avatar et l’avenir du cinéma

[ 12 déc 2009 | 15 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, Par Aineka ]

C’est le 16 décembre 2009 qu’arrive sur nos écrans un film, ou plutôt un événement, qui ne laissera personne insensible : le nouveau film de James Cameron, Avatar avec Sam Worthington, Zoé Saldana et Sigourney Weaver. Je parle d’un événement car Avatar a plus d’ambitions, et donc de responsabilités, que les superproductions habituelles.

avatar

Avatar et ses enjeux

C’est l’un des paris les plus audacieux d’Hollywood : une durée de 2H45, 60 % des scènes soit 3000 plans sont à effets spéciaux, (contre 500 pour Titanic). 2000 techniciens ont travaillé sur le projet, dont plus de 800 sur la créations des images de synthèses. Une douzaines de procédés techniques révolutionnaires furent inventés. Un tournage étalé entre février 2007 et Juin 2009. Un budget hors-marketing de plus de 300 millions de dollars, soit plus de 500 millions de billets verts au total, soit  l’événement le plus cher de l’histoire du cinéma. Cela fait près de 15 ans que ce projet se prépare. Le film devra rapporter au moins 250 millions de dollars sur le sol Américain pour pouvoir entrer dans ses frais.

avatarafficheMais le principal enjeu est la diffusion en 3D et de la l’utilisation de la performance capture au cinéma.

Suite à ces chiffres, James Cameron réussit son premier pari : celui de faire date et de créer le buzz pour son « événement ». Il y a 60 ans,  afin de concurrencer une télévision en pleine expansion qui retenait le spectateur chez lui, l’industrie du cinéma américain réinventa le western, l’habillant en CinemaScope. Aujourd’hui, le combat se joue contre le piratage informatique en tout genre et invite le spectateur à vivre une expérience hors du commun en relief, munis de leurs lunettes 3D.

Les évolutions technologiques ont amené de nouveaux mouvements de cinéma, comme la Nouvelle Vague. Mais cella ne fait pas pour autant de chef d’œuvre ni ne garanti pas la notion Artistique. On est donc en mesure de se demander quel sera l’avenir du cinéma.

L’évolution du Cinéma

Depuis ma réflexion faite sur la publicité avant les séances de cinéma et le développement généralisé des multiplexes, j’imagine un cinéma se dirigeant vers deux directions opposées.

Un Cinéma de sensations

Shrek-4DAvec des budgets toujours plus élevés et des limites toujours repoussées, les créateurs de films sensationnels dépensent des fortunes pour que les spectateurs vivent une expérience « unique » dans les salles. Et poussent donc à la consommation de tout un tas de produits connexes (boissons extra sucrées, nourriture ultra calorique, goodies et produits dérivés, produits ultra taxés…). L’obligation de la rentabilité, la technologie utilisée, le spectacle unique proposé feront que le prix des places sera plus élevé (actuellement une séance 3D coûte 3 euros de plus au spectateur). L’Entertainement où la pub a toute sa place. Le cinéma évoluera donc logiquement vers un spéctacle 4D, en 4 dimensions. Soit de la 3D associée à l’interactivité avec le public (le film réagira aux réactions du public et modifiera son déroulement), et cela à l’aide de souffleries, de petits jets d’eau ou de vibrations dans les fauteuils.

A titre d’information ce sont M. Georges Lucas et M. Steven Spielberg qui ont créé ce mouvement avec Star Wars et Indiana Jones. Un film en guise de publicité pour des produits dérivés donnant lieu à d’innombrables suites dont on s’étonne qu’elles sont trop commerciales… M. Besson surfe sur la vague de ce succès en sortant une attraction s’intitulant Arthur, l’aventure 4D au Futuroscope… Motivant pour l’avenir qu’il donnera au cinéma grâce à sa cité du cinéma !

Un Cinéma d’émotions et de réflexions

Ce cinéma sera diffusé dans des salles indépendantes et/ou survivra grâce à des subventions. Il sera diffusé dans ces salles actuellement classées « Art & Essai ». L’idée n’étant pas d’aller au cinéma pour voir la technologie que notre ordinateur ne peut pas encore nous offrir mais plutôt de partager un film, un moment de vie avec d’autre spectateurs. La motivation première sera de rassembler des gens dans le même endroit pour qu’ensemble ils en sortent changés. Nous y trouveront donc aussi le vivier du cinéma de genre et l’inspiration du cinéma sensationnel.

Lorsque que j’ai passé ma semaine à dévorer des films au Festival de Cannes 2008, j’ai retenu que tous les films étaient liés à la réalité d’une façon ou d’une autre. Que ce soit dans la mise en scène ou le sujet traité, à chaque fois que l’on sortait de la salle, on se retrouvait confronté à la réalité et nous étions en position de nous interroger par rapport à elle et donc de réagir. De l’Art en somme. Ce cinéma ne changera pas le monde mais contribuera à le faire avancer.

Ma position

« Film emblématique : il incarnera, soit, en cas d’échec, un modèle de superproduction dont le gigantisme n’aura plus d’avenir, soit, en cas de succès, le sauveur de l’industrie du spectacle hollywoodien, dont la révolution technologique sera l’égale du parlant ou de la couleur. » L’Express

Je pense qu’Avatar n’échappera pas à son succès programmé. Comme tout super événement, il a réussi sa super promo. Opération séduction réussie auprès de geeks qui sont devenus depuis quelques années décideurs de tendances. A l’aide de vrai-faux buzz postés sur de vrai-faux sites web.

Je pense surtout que ces changements de consommation du cinéma 3D ou pas, profitera surtout à la publicité et au marketing. Car c’est encore elle qui utilise les outils les plus persuasifs du cinéma pour nous vendre sa merde.

Avatarmarketing

Je n’ai pas peur pour le cinéma. Je me souviens avoir lu dans une interview il y a quelques temps une phrase de M. Georges Lucas : « D’ici quelques années, le budget moyen des films sera de 15 millions de dollars. Tout cela ne durera pas, car le cinéma est avant tout un art et pas une industrie. » Comme quoi…

J’ai choisi la voie des films d’émotions et de réflexions que ce soit comme spectateur, acteur, réalisateur ou plus généralement cinéaste depuis bien longtemps.

En tout cas, le parallèle entre le scénario d’Avatar et le contexte cinématographique difficile dans lequel il s’inscrit ne m’inspire que le respect. Alors choisissez votre camp !

15 commentaires »

  • KLM23

    Plutôt d’accord avec la première partie, bien que je suis assez sceptique, finalement, sur la puissance évocatrice du procédé. Je me souviens avoir vu Up! cet été, et mis à part pour la profondeur de champs, la 3D m’a donné un bon gros mal de crâne. C’est évident qu’en terme de mise en scène, cela peut apporté un plus, mais ça reste quand même un gadget. La vrai révolution, à mon sens, cela a été l’exploitation de du procédé de « performance capture », il y a 6 ans…A noter, la citation gag de Lucas que je trouve, personnellement assez cynique. Lui qui a mis de coté « l’art », il y a 25 ans au profit de son Empire.

    • Val'

      Avatar va certainement nous prouver que argent et émotions peuvent faire bon ménage !
      Étant jeune, je me dirige vers un cinéma « blockbusters » pour moi aller au cinéma c »est voir un film sur grand écran. Avoir une vision différente des choses, remarqué les détails de chaque action, s’en prendre plein les yeux.
      Mais en grandissant, je commence a percevoir ce qu’est le « vrai » cinéma. Je commence a me diriger vers le cinéma d’auteurs ou des films qu’avant je n’allais pas voir au cinéma comme une comédie, un drame ou bien un film d’horreur. Car j’ai compris que quand on rentré dans les salles obscures, on était plus nous même. On s’ouvre aux autres et on partages des émotions. C’est ça qui est intéressant. Donc c’est vrai que la 3D est devenu un évènement comme l’eût était la couleur ou même le son !
      C’est quelque chose de très passionnant, c’est pour cela que j’adore le cinéma ! :D

      • Alex

        Pour ma part, cinéma rime avec dépaysement, plaisir, émotions et même les blockbuster les plus cons du mondes (bad boys 2, 2012) sont du cinéma pour moi, et au même niveau qu’un film d’auteur tourné en noir et blanc et composé de plans fixe.

        Pour Avatar, il ne fait aucun doute que le film va marquer d’une pierre blanche le cinéma, pour la simple et bonne raison que même si certain trouvent que la 3D reste un gadget, le film permettra à ce procédé d’acquérir une certaine respectabilité qu’il n’avait pas put avoir jusqu’à présent. la 3D passera de simple gadget visant à nous arracher 3€ de plus à véritable générateur d’émotion.

        Pour ma part, j’ai vu Volt en 3D et en 2D, et malgré tout l’amour que je porte au film (film que j’ai du voir le plus), la 3D apporte une nouvelle dimension à ce dernier, elle n’est pas un simple gadget, j’avais, pour la première fois de ma vie, l’impression d’être dans un dessin animé, et j’avoue que pour Avatar, ça m’excite encore plus, être au cœur d’un des films de James « god » Cameron, quoi rêver de plus…

        ps: j’adore la phrase de Lucas parlant d’art et non de business pour le cinéma, c’est comme si Luc Besson venait à sortir que le futur d’EuropaCorp, c’était les films avec un scénario et de vrai acteurs ^^

        • KLM23

          A noté- je l’ai mise su twitter , aussi- l’excellente interview de James Cameron par Bordas et Dupuis. Probablement la plus intéressante depuis tt ce qu’on a lu sur AVATAR depuis 3 semaines :
          http://www.excessif.com/cinema/actu-cinema/dossiers/entretien-avec-james-cameron-relief-et-cinema-virtuel-5593785-760.html

          http://www.excessif.com/cinema/actu-cinema/dossiers/entretien-avec-james-cameron-le-fond-et-la-forme-5594902-760.html

          Enjoy :)

          • HusoBey

            Techniquement ahurissant, doté d’un univers foisonnant de détails et super crédible, c’est vraiment le film le plus impressionnant qu’il m’a été donné de voir. Mais il y a un point noir dans tout ça.

            Poussé par un budget le plus colossal, le scénario est devenu (très) grand public, littéralement posé sur des rails. Je n’ai pas été surpris une seule fois, aucun rebondissement intéressant, tout ou presque est prévisible.
            Cameron n’avait pas le choix, pour rentabiliser le film, il doit toucher tout le monde.

            Cette relation forte entre budget / scénario me dérange beaucoup, et j’ai peur que, si le film rentabilise et rapporte beaucoup, l’on se retrouve face à de plus en plus de films à très grand public.

            • Alex

              Je veux pas dire, mais son Titanic était déjà grand public, alors pourquoi le lui reprocher aussi pour ce film…

              • HusoBey

                Contrairement à Titanic, l’univers d’Avatar est tellement fouillé, tellement beau, que j’ai été un peu frustré de voir que l’histoire ne dépasse pas la naiveté d’un Walt Disney. Mais je maintiens le fait que ça reste un très bon film.

                Je n’ai pas l’impression que James Cameron avait une totale liberté concernant la trame scénaristique, alors qu’il l’avait en ce qui concerne l’univers et ses personnages.

                • Alex

                  Pourtant son scénario à été écrit il y à plus de 10ans, bien avant Titanic…

                  • Aineka (auteur)

                    Je me suis visuellement régalé en allant voir Avatar avec HusoBey et Zem. J’y retournerai sans doute. Mais tout comme HusoBey, j’ai remarqué qu’il avait employé 800 personnes pour les effets spéciaux et il est resté tout seul pour le scénario. Voilà pourquoi l’histoire est 800 fois plus mauvaise que les images 3D. En même temps, il ne faut pas être 50 pour faire un copier-coller du scénario de « Danse avec les loups », en remplaçant les indiens par des schtroumpf, euh non, des Na’vi…

                    • Juegos de mario

                      Un film révolutionnaire qui fera certainement date dans l’histoire du cinéma. Tout comme l’odysée de l’espace l’a fait, Avatar révolutionne la science-fiction mais marque également un nouveau départ pour la cinématographie. Sur ce, avatar est un petit bijoux qu’il faut savoir apprécier tel un voyageur qui découvre de nouveau paysage. Je conçois que ceux qui ne savent ( malheureusement ) pas se transporter, puissent trouver le film décevant, le scénario est certes classique. La morale est également un peu trop poussée. Seulement on ne peut qu’oublier ces 2 lacunes devant tant de beauté visuelle. Un moment féérique.

                      • maxime

                        Pour ma part un film qui pretend avoir une portee morale et qui coute l’equivalent de 3 PIB africains pese peu en matiere d’integrite cinematographique. « Duel », « Rec », ou comment faire du cinema; en faisant vibrer, trembler grace au genie de la camera. Je ne reconnais pas vraiment le genie du dollar. « Avatar » pour moi c’est de la masturbation numerique au service d’une industrie, pas d’un art. James Cameron…le roi du cinema billets verts…

                        • Hephaistos

                          Enfin en même temps on ne construit pas les pyramides d’Egypte avec 3 maçons…

                          • Aineka

                            Merci Maxime d’avoir si bien formulé ta pensée.
                            Je n’osais pas être si clair.
                            Ce n’est pas que je n’ai pas aimé le film mais il ne faut pas être incrédule.

                            • Hephaistos

                              Ce n’est pas de l’incrédulité et ce n’est pas de la masturbation numérique non plus. On n’écris pas un film en attendant 10 ans pour pouvoir le faire et réunir les moyens financier et technologiques pour pouvoir le réaliser, juste pour se branler.
                              Le projet est monumental et un réalisateur n’a pas autant de soucis du détail juste pour faire de l’oseil. Grand public a souvent une connotation négative, mais c’est parfois tout simplement que le sujet et le produit ont su réunir les foules en les touchant suffisament.
                              Réunir n’est pas une chose aisée, même à coups de dollards.
                              L’explosion visuelle fait part intégrante du spectacle et le cinéma est le lieu revé pour du grand spectacle.
                              Qui plus est le fond du scénario m’a personnelement renforcé dans ma conception de la societé et de son désinteret total pour tout ce qu’elle détruit. Fantastique et à la fois profondément actuel et engagé.
                              Moi ça me fait réflechir et c’est ce que je demande au cinéma!

                              • maxime

                                « Le projet est monumental et un réalisateur n’a pas autant de soucis du détail juste pour faire de l’oseil. » Pourtant il a oublie d’ecrire un scenario…Je n’ai rien contre le cinema « grand public », tous les cinemas sont « grand public » et je suis d’accord sur le fait que le concept de « grand spectacle » n’a rien de pejoratif, il s’agit juste de rester a sa place et d’etre coherent, on ne peut pas d’un cote « denoncer » une societe « bla bla bla c’est pas bien comment on fonctionne » quand on depense 350m de dollars pour se faire un kiff, parce que c’est precisement le genre de pratique inherente a la societe qu’il denonce. Pour moi ya pas un sou d’integrite et c’est que j’attends du cinema…

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