Le milieu n’est plus un pont… par HusoBey

[ 21 oct 2009 | 5 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, par HusoBey ]

Je viens de boucler la lecture de ce passionnant rapport, je me permets donc de relancer le débat autour de ce dernier à travers quelques points qui m’ont interpellé.

Clubdes13

Je n’aurais jamais pensé que la situation actuelle du cinéma (2007 certes, mais je ne pense pas que cela ait beaucoup changé aujourd’hui) soit aussi bipolaire et aux mains des sociétés télévisuelles / grandes sociétés.

On a donc là une excellente analyse de la situation, expliquée très clairement. Mais il y a deux points noirs dans ce joli tableau.

Le premier est le fait que le rapport parle toujours des « petits » films « culturels » comme étant désavantagés financièrement et sous la coupe des grandes sociétés. On ne mentionne nul part qu’une partie de ces films sont tout simplement médiocre ou, plus objectivement, réservés à une élite. Comment donc ne pas expliquer la production difficile de ces films qui ne sont destinés qu’à une poignée de personnes ?
Comment peut-on dire que des producteurs ne vont pas dans le sens de la culture quand ils refusent de financer un film qui met en scène un champs vide avec trois personnes à poils pendant une heure et demi ?

antichristBien sûr, j’exagère la situation, mais on en est pas loin. J’ai moi même été désagréablement étonné de voir ce que pouvait donner le cinéma d’auteur à travers Antichrist de Lars von Trier, un film acclamé dans de multiples festivals, je me suis dit que je réfléchirai à deux fois avant de voir un film d’auteur.

Deuxième point noir, mais vraiment plus léger. Il s’agit des 12 propositions données à la fin du rapport. La plupart sont très bonnes, mais certaines tendent à gonfler tout simplement l’enveloppe d’aide du CNC en direction des entreprises.

« Pour permettre à l’Avance sur recettes avant réalisation de jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir par rapport aux seules lois du marché, nous pensons que la dotation doit être doublée (de 22 M€ à 40 M€) sans que le nombre de films aidés ne soit augmenté (autour de 50 projets par an). »

Il est vrai que cette proposition est peut-être la seule en la matière, mais je pense qu’il est important de poser le doigt dessus : l’enjeu est une distribution égalitaire et juste des aides, demander une plus grande somme alors que la France a le plus grand budget d’aide en Europe est une aberration.

Enfin, je ne sais pas ce que j’ai attendu pour lire ce rapport, que j’ai dévoré en quelques jours. Amis cinéphiles et cinéastes, je ne sais donc pas ce que vous attendez pour le lire !

5 commentaires »

  • laurent

    completement d accord.
    Je me demande pourquoi un certain cinema francais s’imagine que qui que ce soit cherche comment faire pour le sauver . ce bouquin repond a une question que le milieu est le seul a poser (« comment sauver nos belles planques ? »)

    C est peut etre justement a force de se croire indispensable et a force d etre perfusé par l Etat que le milieu s est laissé aller a produire de la merde sous couvert de culture et sans jamais se demander si elle interessait un public/ le contribuable

    Ce milieu du cinema francais se comporte comme un peintre maudit dont il faudrait financer les experiences « d’art pour l’art pour que vive l’art » parce qu il n ‘a pas les moyens de payer lui meme sa peinture et ses toiles vu qu elles sont hors de prix .

    Ben justement. La question est de savoir qui décide que tel artiste est d interet public suffisant pour etre subventionné. Il faudrait probablement re introduire un peu l opinion de ceux qui les financent (les contribuables, le « publicus vulgaris ») dans cette mafia qui se targue de ne pas s infeoder ,dans l interet de l art, au gout mediocre du public mais accepte et réclame toujours plus de son pognon sans jamais le faire fructifier.

    On est en démocratie. Bon ou mauvais, l’avis du public sur l’art à travers sa frequentation des salles ou se projete du ciné francais me semble essentielle avant de commencer a demander des doublements d enveloppe.

    • Anthéa

      Je souhaiterais réagir au commentaire déposé par Laurent qui m’a laissé sans voix ou plutôt dirais-je sans mot : Comment oser insinuer que l’art puisse se soumettre à l’appréciation d’un public aussi éclairé soit-il ? Grossière erreur à mon sens que d’assimiler la discipline artistique à une sorte de matière politique qui trouverait sa légitimité ou sa raison d’être dans une permission « du peuple » ? Certes, le spectateur étant un contribuable est porteur de certains droits mais ceux-ci ne doivent pas entraver la liberté artistique. Si la politique nécessite le consentement ou l’adhésion du plus grand nombre, c’est ce que l’on appelle le « principe démocratique », ce n’est pas le cas de l’art et notamment du septième art.
      Evidemment, je reste consciente du danger de la « subvention à tout prix » qui permet la survie de véritables « navets » mais ce risque ne justifie en rien que l’on puisse confier un jugement de valeur au public ; déjà parce que l’art ne relève pas entièrement du domaine du jugement (le beau est lié à la notion d’harmonie, de proportion soumise à l’appréciation de nos sens « cognitifs » mais pas seulement) ; il réjouit l’intelligence à travers les sens. Il se distingue du vrai parce qu’il est lié à la sensibilité. Autrement dit, sa lumière intelligible est non conceptuelle. A partir de là, je ne vois pas comment des individus pourraient s’appliquer des critères d’évaluation de films ? L’évaluation me parait trop dangereuse : le jeu n’en vaut pas la chandelle.
      Je sais bien et même j’ose affirmer qu’il y a une évidente hiérarchie universelle des valeurs de l’art : Vouloir placer « Bienvenue chez les ch’tis » au même niveau qu’un film comme « Le parrain » par exemple est une aberration et faire preuve ici de relativisme, c’est faire preuve d’ignorance. En revanche, l’exemple des peintres maudits est vraiment mal choisi. De plus, la comparaison me parait d’autant plus malaisée que Laurent parait contester l’utilité ou le bien fondé de leurs œuvres, question qu’il semble lier directement au financement de leurs toiles. Leurs expériences n’ont absolument pas été utilitaires mais demande-t-on à l’art de l’être ? La réponse est définitivement non. Bien au contraire, l’art est idéaliste. C’est pourquoi dans ce domaine, l’anticonformisme, l’isolement, l’exil sont la bienvenue voire une condition nécessaire pour échapper à un monde « où l’action n’est pas la sœur du rêve » pour citer Baudelaire au grand malheur de Laurent qui doit lui porter, et c’est regrettable, très peu d’estime. Qu’importe la nature de la révolte que portent ces peintres ou écrivains maudits, révolte blasphématoire, satanique, anti-moderniste, qu’elle se réclame du bien ou du mal, si vivre est un mal, la terre est cependant pour un homme comme Baudelaire un « gâteau plein de douceur » bien qu’empoisonné, soit un champ d’expérimentation artistique. L’important dans l’art, c’est la variété de la production. De toute manière, seule la qualité résiste au temps : Les navets et autres films inintéressants disparaitront d’eux-mêmes soumis à leur propre dégénérescence. O combien de fois l’art s’est heurté à l’incompréhension de ses contemporains ? Les impressionnistes pour ne citer qu’eux se sont confrontés à la solidité d’un art académique largement enraciné. Pour autant, aujourd’hui la nature hérétique de leur œuvre est passée sous silence au profit de l’exceptionnelle qualité de leurs travaux. Je ne dis pas qu’il faille augmenter le soutien à tout film sous prétexte qu’il fera nécessairement preuve d’avant gardisme mais maintenir une aide égalitaire et non échelonnée par un jugement subjectif. Nous parlons de cinéma et non de fiscalité : L’impôt est légitimement proportionnel aux revenus de chacun, les subventions aux films relèvent d’un tout autre domaine non pondéré par l’appréciation qualitative d’un soi-disant « public expert ».
      Alors, je vous en prie, laissez l’art en paix ! Lutter contre les « doublements d’enveloppes » si bon vous chante, mais méfiez vous des attitudes du public : sa fréquentation des salles n’est pas le juste reflet du mérite cinématographique tout comme le phénomène majoritaire ou la supériorité numérique n’est pas gage de qualité. Et puisque Laurent semble vouloir insister sur la valeur démocratique « on est en démocratie » dit-il, n’oublions pas que ce type de régime reste philosophiquement parlant imparfait. Platon ne faisait-il pas remarquer que les suffrages d’une foule d’imbéciles valent moins que le conseil d’un seul sage ?

      • keymaster

        Une œuvre d’art, c’est un objet devant lequel on reste en admiration. Un film ne devient une œuvre d’art que si il est jugé comme tel par le public, avant c’est juste un objet industriel plus ou moins bien réalisé.

        Les ingénieurs qui ont fait le Concorde ne savaient pas qu’il faisaient une œuvre d’art, ils ont juste fait un avion qui volait en respectant son cahier des charges sans se prendre pour des Léonard de Vinci.

        La singularité de notre cinéma c’est de considérer que le génie du créateur peut suppléer à son manque de professionnalisme.

        • Anthéa

          Originale cette conception de l’art, mais…complètement erronée ou tout du moins totalement subjective. Déjà, n’est-ce pas prétentieux que d’imposer sa propre définition de l’art comme vérité universelle? Vous affirmez qu’ « un film ne devient une œuvre d’art que s’il est jugé comme tel par le public », autrement dit, l’oeuvre d’art représenterait l’achèvement du processus artistique ou la forme finale de l’objet. Une telle conception tend à confondre art et artisanat. Or, cette confusion, si elle était acceptable sous l’Antiquité (art de l’artiste et art de l’artisan étaient désignés par le même terme latin artifex), fut complètement écartée sous le romantisme. L’art se distingue justement de l’artisanat(aujourd’hui de l’industrie) par sa capacité à nous porter au-delà du monde utilitaire. On est donc loin du film « objet industriel ». De plus, en écartant un évident relativisme esthétique à l’origine d’une impasse de jugement (si l’on pousse à terme votre raisonnement, que faire en cas d’égalité numérique?), qui serait d’après vous ce public éclairé et digne de juger une oeuvre? Comment va-t-il l’évaluer? Va t-on créer des critères de sélection cinématographique? Oh et puis pourquoi pas:………………A quand la bureaucratie artistique?

          • keymaster

            Ça n’est pas moi qui ai décidé que Rembrandt et Mozart étaient des artistes, mais c’est le genre de décision collective que je veux bien reprendre à mon compte. Je m’intéresse juste au cinéma qui plait au public et donc à moi qui en fait humblement partie.

            On ne peut faire de l’art que quand l’on a la maîtrise absolue de la technique et il y a un moment où il faut arrêter de théoriser et se mettre au travail.

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