Pour qui fait-on un film ?

[ 4 sept 2009 | 4 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, Par Aineka ]

the_time_that_remains_2En sortant du film « The time that remains » d’Elia Suleiman, j’ai eu la sensation d’avoir assisté à un film trop personnel. Et donc je trouvais intéressant de vous faire partager cette réflexion : pour qui faisons-nous nos films ? Si tant est que les films appartiennent à leurs réalisateurs de nos jours…

Faisons-nous les films dans un but strictement personnel ou recherchons-nous à atteindre le public coûte que coûte ?

« The time that remains » nous raconte la vie d’une famille palestinienne (celle d’Elia Suleiman), de 1948, date de la création de l’Etat d’Israël, à aujourd’hui. Le réalisateur y interprète  son propre rôle.
Dit comme çà, ça a l’air nombriliste alors que non. Son film est chargé de tant de pudeur qu’il est parfois difficile d’entrer dans son univers. Pourtant je raffole des silences au cinéma, de l’univers et l’humour à la Buster Keaton (ici l’influence est évidente, avec les cascade en moins), et pourtant…

Je pense qu’un film doit être personnel pour être abouti. L’auteur doit mouiller sa chemise, se mettre à poil si l’on veut. Un peu comme un comédien, qui je trouve manque sa prestation lorsqu’il me fait croire que tout n’est que composition. Ce n’est pas la performance qui me touche mais l’intime. J’ai besoin de voir un comédien qui joue avec ses tripes, qui n’est pas là pour faire semblant. Ça me fait penser à « The Wrestler » avec Mickey Rourke, où l’on peut confondre la réalité et la fiction, vous voyez ce que je veux dire ?
Cet effort de la part du comédien, je l’exige aussi de l’auteur. D’ailleurs c’est en y mettant ses tripes que l’acteur devient également auteur. Si il n’y a pas cette touche, je trouve que ça manque de saveur. Mais parfois c’est tellement aromatisé que çà en devient indigeste. On peut évoquer le dernier film de Lars Von Trier « Antichrist », qui a totalement divisé le public mais qui de ses mots a été une thérapie.

violons1À l’opposé, il y a des films que je ne vais pas voir tant je me sens pris en otage en tant que spectateur. Par exemple, la bande annonce de World Trade Center de Oliver Stone m’a enlevé toute envie de voir ce film. Voir des pompier ensevelis dans les décombres et les violons qui sont là, tels des armes à feu vous mettant en joue en attendant que vos larmes coulent, me donne la nausée. Du coup je n’ai pas vu le film, je rate peut être quelque chose. Mais lorsque que je sens cette démarche, ce sentimentalisme, je fuis !

L’équilibre n’est pas facile à trouver et la ligne peut facilement être franchie. Souvent par peur de ne pas plaire ou que le film ne nous ressemble pas.

Parmi les bons exemples, je pourrais citer « We own the night» de James Gray. C’est un film sur l’univers de la police de New York. Univers dont est étranger James Gray, mais là où le film devient personnel c’est au travers de la tragédie vécue par les personnages. Le réalisateur a confié avoir ressenti le même dilemme que le personnage de Bobby, notamment parce qu’il a choisi de faire du cinéma, jugé métier ingrat par son père.
Ou encore le film anglais « This is England » de Shane Meadows. Le réalisateur à vécu la même enfance que le personnage de Shaun (le très jeune acteur, Thomas Turgoose, admirable !) au milieu des skinheads. Le film est d’ailleurs chargé de détails de vie qui lui donne son âme et son authenticité.
Dans ces deux films je trouve que les réalisateurs ont su trouver cet équilibre.

Roman Polanski a dit « a travers un film, on perçoit l’âme d’un réalisateur ».polanski
Jean-Pierre Jeunet a confessé «  Je réalise les films que j’ai envie de voir au cinéma ».

Quoi qu’il en soi, un film sans public n’existe pas.

Mes amis cinéastes, que préférez-vous ? Un film où vous respectez proprement un cahier des charges, pour accrocher le public, quitte à raconter une histoire qui vous est étrangère ? Ou un film fidèle à votre vision, déplu et incompris par le public ?

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4 commentaires »

  • Alex

    Ouch, je vais essayer de donner mon avis, et ce même si je ne suis pas un cinéastes (et pourtant, c’est pas l’envie de faire un film qui me manque)…

    L’idée de faire un film pour sois est à première vue une bonne idée, mais cela dépend bien sûr du type de film.

    -Si l’on prend par exemple le cas d’un gros blockbuster comme « Superman Returns », Bryan Singer à fait le film qu’il voulait voir, mais que très peu de fans (et non-fans) voulaient voir, du coup, le résultat fût mitigé (bien que le film soit génial)…

    -Dans le cas d’une franchise genre Star Trek, on ne doit pas faire le film avant tout pour sois, mais avant tout pour les fans (en y mettant quand même sa touche personnel il en va de soit), car ce sont eux qui ont fait vivre la-dite franchise, et le cas Star Trek 11 en est un, JJ Abrams à fait le film qu’il voulait sans se soucier des fans, résultat, le film ressemble plus à du sous Star Wars qu’à du Star Trek et du coup, même si le film est un carton au box office, il est haït (à juste titre) par les fans…

    -Pour une adaptation, il faut faire le film pour sois mais aussi en respectant les éventuels avis des fans mais aussi des créateurs de l’œuvre d’origine (livre, jeux vidéos, séries, etc…) comme l’a si bien fait Peter Jackson avec le Seigneur des Anneaux.

    -Après pour tout le reste, bien sûr que l’on fait le film pour sois, que l’on aimerait voir, après je pense qu’il y à des limites, car si c’est juste pour exposer au monde sa culture pop à la façon d’un Tarantino, c’est pas la peine, si c’est juste pour que le film serve de psychanalyse au scénariste-réalisateur à la façon d’un Woody Allen, c’est plutôt moyen, car à trop vouloir faire un film pour sois, l’on risque de s’écarter du publique…

    J’espère ne pas avoir été un peu trop confus…

    • El Marto

      faire un film c sortir sur sur une feuille de papier, un ordi, un écran,… une partie de sois, quelquechose qui est au fond de nous. je veux faire un film, par ce que je veux le voir, par ce que lorsque je regrade la télé, quand je vais au cinéma sque jvois ne me fais pas « bander ». alors oui, ce sont les films de merde qui m’on donné envi de faire du cinéma, et de pouvoir enfin voir un truc ki me feré bander!

      • HusoBey

        Pour ma part, faire passer un message est l’une des raisons qui me poussent à écrire et réaliser, au risque parfois d’être moraliste. Il y a donc l’envie d’expliquer, montrer, faire comprendre aux autres.

        A côté de ça, je pense qu’on ne peut pas faire de film si on ne le fait pas un peu pour soi, la satisfaction d’avoir accompli quelque chose est importante.

        • El Marto

          si on fait un film, c pour qu’il sois vu, alors oui si on le fait c pour nous, mais aussi pour le spectateur qui en attend quelquechose…

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