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Serials Factory: les séries ont de l’avenir

Un samedi matin d’automne, MK2 Bibliothèque à Paris. Il fait froid. Mais heureusement, les idées et la volonté de Brice et Emmanuel ont de quoi réchauffer ! Brice, 27 ans, et Emmanuel, 28 ans, ont lancé Serials Factory, un site dédié à la création et à la production de séries et mini-séries...

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« Où va le cinéma ? » : Wim Wenders

Ecrit par Aineka | Dans les catégories Analyses, Jeu d'acteur, Par Aineka | Ecrit le 04-01-2010

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Dernière interview et pas des moindres, la réponse de Wim Wenders à la question : Où va le cinéma ?

Wim Wenders est un réalisateur allemand. Il vient de réaliser un documentaire en 3D sur la chorégraphe Pina Baush. Il a été président de la Mostra de Venise en 2008, a reçu la palme d’Or en 1984 pour le merveilleux Paris, Texas. Il a aussi réalisé le documentaire Buena Vista Social Club en 1999.

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Il argumente sa réponse en plusieurs parties.

Sur les nouveaux outils cinématographiques:

« Les outils ne racontent rien, ce sont les gens qui racontent avant tout des histoires. Il y a eu l’image, puis le son et on a raconté l’essentiel à l’époque. Au début, j’ai trouvé que le numérique représentait un nouveau type de liberté jusqu’à ce que je découvre que l’on montrait tout et n’importe quoi dans les salles obscures. On a utilisé beaucoup d’argent pour parfois ne rien raconter. Le gros problème se trouve au niveau de la distribution. Grâce au numérique, on a pu trouver des nouveaux films formidables avec de jeunes talents incroyables mais la distribution reste une porte étroite. Ce que j’appelle le prolétariat des cinéastes sont obligés d’attendre dehors sans qu’aucune porte ne leur soit ouverte. »

Sur les mutations:

« J’ai l’impression qu’à chaque avancée, nous faisons 2 pas en avant… et 3 pas en arrière. A chaque fois, on trouve des contre-arguments qui empêchent le plus souvent d’avancer. Le numérique a permis de sauver le documentaire mais personne ne les montre malheureusement! De même, des plateformes comme YouTube sont bien mais pour 99,99% de contenus, ce n’est pas ce que j’appelle du Cinéma. Il s’agit ni plus ni moins d’un outil sans langage. Cela ressemble parfois même à une cacophonie. »

Sur les phénomènes de mode:

« Je viens de découvrir la 3D grâce au tournage que nous venons de terminer sur la grande chorégraphe Pina Bausch. Quand nous tournions et que je regardais le résultat, j’ai été immédiatement fasciné par le rendu 3D. Pour moi, ce nouveau phénomène de mode est sans conteste l’avenir du documentaire. La 3D est une nouvelle forme de poésie. Maintenant qui j’y ai touché, il va certainement être difficile de s’en détacher. Concernant le reste de la production 3D, je suis complètement effaré par les films qui sortent sur les écrans. Il n’y a aucune histoire et ces films ne racontent absolument rien. C’est surtout cela qui m’effraie le plus. On peut donc parler d’une industrie du rêve oui, mais bloqué par une industrie de m… »

Sur la direction d’acteur :

« Il y a eu beaucoup de changements dans la relation acteur-réalisateur. Avant, le réalisateur était en contact permanent avec l’acteur, puis il y a eu ce que l’on appelle les combos et nous nous sommes éloignés de lui. L’arrivé des effets spéciaux n’a pas amélioré la situation car jouer devant un fond bleu ou vert reste extrêmement difficile pour un acteur qui doit redoubler d’efforts pour rentrer dans son rôle. Il y a de moins en moins de réalité dans les studios, et l’acteur est aujourd’hui devenu très seul. Heureusement, grâce à la 3D, j’ai trouvé une nouvelle relation avec l’acteur. Certes, il faut regarder le résultat sur vidéo mais notre relation est différente. Le seul inconvénient est qu’il s’agit encore d’une lourde technologie. »

Mademoiselle Chambon, « A coeur ouvert »

Ecrit par Aineka | Dans les catégories Critiques de film, Jeu d'acteur, Par Aineka | Ecrit le 09-11-2009

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J’ai adoré ce film.

Mademoiselle ChambonL’histoire est très simple, filmée sans artifices. Un film tout en modestie où j’ai passé 1h40 face à 2 acteurs de grande générosité. Les scènes sont très bien écrites et donnent l’impression que beaucoup de place a été laissée aux interprètes dans l’écriture des dialogues. La manière dont les personnages s’expriment ne ressemblent pas à de l’écriture mais à du ressenti. Ce que je veux dire par là, c’est qu’en voyant le film, j’avais la très nette impression que les acteurs n’avaient pas de textes précis à réciter. Il semble que le réalisateur leur ait donné la situation : Jean va chercher son fils à l’école, Mlle Chambon en profite pour lui parler de son problème de fenêtre, Jean lui propose de l’aider. Le reste est à la charge de l’acteur.

Souvent les scénaristes peu à l’aise avec les dialogues utilisent des tournures de phrases déjà vu ou qui sentent « le stylo ». Ici, il semblerait qu’ils aient laissé cette tâche aux acteurs. D’ailleurs Sandrine Kiberlain parle du tournage dans une interview accordé aux lecteurs de Studio Ciné-Live d’Octobre.

A propos de la scène du baiser, elle dit:

On l’a tournée en une seule prise. Stéphane nous donnait des indications, du genre: « Sandrine, tu mets la musique. Puis tu t’assois sur le canapé. » Pour le reste il nous a laissés libres. La force du film c’est qu’on s’attend à bon nombres de scènes, mais qu’on ignore complètement comment elles vont se dérouler. Ici, par exemple, le spectateur ne sait pas du tout de quelle manière vont s’embrasser Jean et Véronique. On ressent leur confusion, leur gêne. Compte tenu des circonstances, ils ne peuvent pas profiter de ce moment de sérénité. Ce trouble rend la scène d’autant plus poignante.

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Il semble donc que les acteurs se trouvaient dans cette position de créativité face aux personnages, cela explique peut être qu’ils jouent à cœur ouvert. C’est pour moi l’élément crucial de ce film et la formule « A cœur ouvert » me semble appropriée pour définir la générosité dont font part les acteurs. La complicité entre Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon est évidente et d’une grande intensité à l’image. Voilà une chose que les ordinateurs ne sont pas prêts de simuler. La générosité est difficile à expliquer avec de simples mots, si métaphysique, souvent rare chez beaucoup d’acteurs et pourtant indispensable à la justesse des émotions. Dans une autre interview de Sandrine Kiberlain, elle parle de ses partenaires de jeu en disant: « C’est important les partenaires, ils font de vous une meilleure actrice aussi. (…) Quand je vous dis qu’il y en a qui magnifient les partenaires, en l’occurrence j’adore jouer avec Vincent. »

Après l’investissement et l’écoute, la générosité est un des éléments du jeu d’acteur qui ne s’apprennent pas vraiment en cours de théâtre.

lindonParce qu’ils étaient généreux, cela a permis à mon cœur de s’ouvrir aux leurs et donc d’être épris et tourmenté tout comme leurs personnages. Je ne crois pas que ce soit la mise en scène qui en soit responsable même si elle est parfois merveilleuse. La scène où Jean ramène Mlle Chambon chez elle et qu’ils pleurent à intervalles différents… Ceux-ci sont joliment mis en valeur par de judicieux panots (mouvement panoramique de la caméra). Cette scène seule ferait taire n’importe quel acteur ne croyant exister seulement par le texte.

Ce n’est plus un article mais un déclaration d’amour que j’ai attribué à Mlle Chambon.

Parce qu’elle m’a ramené à ce qui me passionne au cinéma : vivre et ressentir les émotions des personnages. Voilà une des raisons qui m’ont donné envie de devenir acteur.

Si vous avez envie d’aller voir le film, ne regardez pas la bande annonce, elle est particulièrement mauvaise.

François Cluzet : Le Ré-Acteur !

Ecrit par Aineka | Dans les catégories Jeu d'acteur, Par Aineka | Ecrit le 02-11-2009

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le dernier pour la routeIl est environ 22h et je sors de la séance de « Le dernier pour la route » de Philippe Godeau avec François Cluzet, Mélanie Thierry et Michel Vuillermoz. Comme pour l’article consacré à l’investissement du comédien, je ne vais pas faire une critique du film mais l’utiliser pour parler du jeu d’acteur.

J’ai été ému par ce film très réussi (réussi car il nous tient en haleine sur un scénario qui pourrait se résumer à: replongera-t-il ou pas?). C’est donc ailleurs que se trouve la force de ce film: dans l’intensité et la vérité du jeu des acteurs et notamment de François Cluzet. Sa prestation n’est pas exceptionnelle mais elle est particulièrement juste.

L’écoute = l’engrais du jeu d’acteur.

Davantage que la justesse, parlons plutôt d’un de ses éléments essentiels : l’écoute. Dans une interview de Clint Eastwood, Hilary Swank et Morgan Freeman accordée à James Lipton après qu’ils aient reçu leurs 4 oscars pour Million Dollar Baby, disaient ceci:

Morgan Freeman: Pour moi, il n’y a que deux façons de jouer. Il y a « acting » (jouer) et puis il y a « re-acting » (réagir). Personnellement je n’aime pas « jouer », c’est trop de travail. « Réagir » ne requiert aucun effort. Il suffit de vivre. C’est une idée que je partage avec Clint. J’ai vu Hilary travailler et je sais que c’est une bonne actrice. J’ai vu la forme physique qu’elle avait en arrivant. Je sais qu’elle a beaucoup d’éthique. Je suis donc avec quelqu’un avec qui je sais que tout ce que j’ai à faire, c’est écouter et répondre.

James Lipton: Dans l’Actors Studio, au bout de presque 11 ans, il y a une question unanime qui revient souvent. Pour jouer, est il important d’écouter ?

Morgan Freeman: Je ne pense pas qu’on puisse prétendre jouer sans écouter. Il faut vraiment écouter avec la plus grande attention. Si Hilary, Clint et moi faisons la même scène 17 fois, il faut écouter à chaque fois. Vous savez ce que je fais, parfois? Avec certains acteurs, après leur réplique, je dis: « Quoi ? », pour voir ce qu’ils vont faire. S’ils répètent c’est qu’ils écoutaient.

Hilary Swank: Ecouter est primordial, c’est primordial. Je vous ai écouté poser une question. Comment aurais-je pu vous répondre sans ça ?

Clint Eastwood: Ecouter est l’essence même du jeu d’acteur. On ne peut pas réagir si on n’écoute pas convenablement. Il y a des milliards de « trucs » pour jouer la comédie, pour se libérer. Mais bien écouter est certainement le plus facile, parce que quand on fait une lecture, si on est attentif à ce qui se passe, on ne peut pas être mauvais.

cluzet ecoute

En terme d’écoute, la prestation de François Cluzet dans le film de Philippe Godeau est exemplaire. Pendant le premier tiers du film, le personnage principal (et donc le spectateur) observe et s’imprègne du centre de cure. Il y a de nombreux plans où l’on voit le personnage d’Hervé simplement écouter et réagir. Il est certain que ces plans étaient écrits et prévu smais pas les réactions du personnage. Car elles proviennent de la réaction de l’acteur aux propositions des autres acteurs.

Note aux réalisateurs: ne dictez pas à vos acteurs les réactions qu’ils doivent donner, mais invitez-les à réagir ! La plupart du temps, les « ré-actions » sont plus justes que les « actions ».

Pendant tout le film, François Cluzet est en réaction, aux autres et à lui même. Lorsqu’il raconte sa vie, qu’il fait son introspection, il réagit à ses propres mots. Il est comme « en retard » sur ce qu’il dit. Il se laisse submerger par ce qu’il raconte. Il est à l’écoute de ce qu’il dit et ce que cela lui fait de le raconter. Il écoute aussi l’écoute de ses partenaires. Il est évident que les acteurs « hors-champs » étaient présent. C’est de cette écoute que vient la force du film.

tournage ne le dis à personneL’exemple d’une des scènes de Ne le dis à personne est aussi probant. Pour ceux qui ont vu le making of, vous devez savoir que pour la scène où le personnage d’Alex (François Cluzet) revoit pour la première fois sa femme sur l’enregistrement d’une caméra de surveillance est un superbe exemple. Guillaume Canet avait caché le contenu de la vidéo à son acteur pour qu’il réagisse vraiment à ce qu’il voit. Il ne sait pas quand cela va arriver, ni ce qu’il va voir.

Voilà une excellente direction d’acteur.

Milos Forman en exemple

Afin de finir l’illustration de mon propos, je vais vous parler d’un classique. Les scènes où les personnages doivent parler face à leurs confrères m’ont rappelé le merveilleux Vol au dessus d’un nid de coucou.

Il y a plus d’un mois, à l’occasion de sa venue en France pour la ressortie de ce film en copie neuves, j’ai eu l’opportunité d’assister à la Master Class de Milos Forman à La Fémis. Parmi d’autres très belles anecdotes et conseils, il disait qu’il adorait tourner avec deux caméras. Tout d’abord parce qu’ils ont tourné dans un véritable hôpital psychiatrique et que certains « malade » se mélangeaient aux acteurs professionnel et qu’il souhaitait prendre leurs réactions. Mais aussi pour les scènes de tables rondes où les personnages doivent parler face aux autres. Il y avait toujours une caméra sur celui qui parlait et une autre qui se baladait et prenait les réactions  de n’importe quel autre comédien. Les acteurs ne savaient jamais véritablement lorsqu’ils étaient filmés ou pas. Cela lui a permis de prendre leurs réactions sur le vif.

vol coucou

Si vous aussi avez d’autres anecdotes sur le travail de l’écoute des acteurs, faites-les-nous partager.

Hard Candy, ou l’engagement du comédien

Ecrit par Aineka | Dans les catégories Analyses, Jeu d'acteur, Par Aineka | Ecrit le 21-08-2009

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http://critiquecinema.files.wordpress.com/2009/01/hardcandy2.jpgHard Candy est un film de David Slade sorti au cinéma en 2006, avec Patrick Wilson et Ellen Page.
Je ne veux ni spoiler, ni en dire trop sur ce film, la bande annonce à la suite de l’article suffira.

Personnellement j’ai été impressionné par l’interprétation des acteurs.

Je ne suis pas là pour à parler du film, de son thème, de sa valeur cinématographique, de sa crédibilité (parfois limite) mais plutôt de la question de l’engagement et des limites des comédiens dans un film.
Et plus particulièrement de l’actrice Ellen Page.

C’est un thriller psychologique, souvent filmé en plans très serrés et toute la tension et la crédibilité de cette situation n’est rendue possible que par l’intensité des 2 comédiens principaux.
(Il est d’ailleurs intéressant de voir que dans les génériques, le nom du réalisateur est largement mis en retrait par rapport aux comédiens qui n’étaient pas pour autant « bankables ».)

http://www.dvdrama.com/imagescrit/hard_candy_4.jpg

J’ai été bluffé par la densité et la maturité du jeu de la comédienne alors âgée de 17 ans au moment du tournage. Ce type de personnage aborde de vraies questions morales que sont amenés à se poser les comédiens durant l’exercice de leur profession.

Suis-je en mesure d’incarner ce personnage? Ai-je suffisamment de matière en moi pour l’incarner chaque jour, durant plusieurs mois ? (bon, ici le tournage a duré seulement 18 jours!) Dans quelle mesure mon « individu » sera affecté par ce « personnage » ? Saurai-je garder mes distances avec lui ?

Lorsque je me suis trouvé en cours de théâtre, j’ai souvent vu des comédiens, plus ou moins expérimentés, se confronter à leurs propres limites physiques et morales. Et ce sont justement ces dernières qui sont les plus difficiles à surmonter, donc les plus intéressantes à aborder.
En voyant ce film, je me suis demandé ce qui pouvait bien freiner cette jeune actrice. L’engagement de cette comédienne est remarquable.
Évidement la notion de « personnage » protège le comédien de son individu, mais encore faut-il pouvoir s’y jeter. Sur le papier, un acteur devrait savoir tout jouer, mais dans la pratique on se rend compte que les personnages qu’il incarne ne sont pas le fruit du hasard.

http://www.kinomax.fr/images/Arnaud/M-R/PhotoPageHardCandy.jpgPour revenir à cette jeune actrice, son jeu donne l’impression qu’elle maîtrise ces paramètres et ce depuis l’âge de 17 ans… (à un âge où la plupart d’entre nous ne savent ni qui ils sont, ni ce qu’ils veulent) voilà l’objet de mon admiration.

Si cette actrice continue à apporter autant de sincérité, d’ambiguïté, de nuance et de densité à ses personnages, nul doute qu’elle aura une carrière qui rivalisera avec celle de Meryl Streep !

Personnellement j’attends de la voir dans Inception de Sir Christopher Nolan, aux côtés de Léonardo Dicaprio et Marion Cotillard.

Suite à un film comme celui-ci, on est en mesure de se demander: Hard Candy aurait-il pu être produit et réalisé en France ?
Actuellement, a t-on un équivalent à Ellen Page parmi nos actrices françaises ?