Trouver un producteur : quelques conseils
Préambule : voici une pensée venue de l’intérieur, de ces entreprises que l’on appelle « sociétés de production ». Agent infiltré et rémunéré, j’officie au quotidien comme assistant de production (fonction hautement intéressante et polyvalente) pour l’un de ces maîtres de la pellicule que l’on appelle producteurs. Si je suis pris ou tué, vous nierez avoir eu connaissance de mes agissements, bien évidemment.
On parle tant et tant des difficultés à entrer dans le monde du cinéma qu’il est difficilement imaginables d’en voir la partie immergée, celle où des gens comme vous et nous travaillent sur nos films chéris. Et c’est lorsque la chance vous sourit que vous vous retrouvez tel Alice de l’autre côté du miroir, à regarder le monde extérieur tenter lui aussi d’intégrer cette « grande famille » du cinéma.
Or donc, comment aborder ce milieu extrêmement protecteur et réservé pour tout cinéaste qui se respecte ? Prenons le cas d’un auteur de scénario, qu’il soit scénariste ou (la plupart du temps) scénariste/réalisateur. Il est une tâche ardue, celle de devoir vendre son oeuvre à une société de production, seule à même de pouvoir créer le film. Et passer d’artiste à VRP ne s’improvise pas. C’est un peu comme chercher un emploi, ça demande une préparation en amont, et c’est souvent là que les choses se compliquent.
Je n’aurai pas l’arrogance de vouloir faire un état exhaustif d’un abécédaire d’une présentation de scénario, n’étant pas moi-même auteur, mais certains points semblent évidents pour ne pas être jeté dans les deux minutes à la corbeille. Et vu le peu de places à prendre, l’auteur a intérêt à soigner sa présentation.
Quelques petits trucs donc, après réception de quelques scénarios :
- Je passe les fautes d’orthographes, etc. non ?
- Sélectionnez votre producteur. Surtout si la société a quelques années d’existence, sa filmographie vous guide pour choisir parmi les centaines qui existent. Sinon c’est l’impasse assurée.
- Constituez un dossier simple : le scénario, le synopsis, une note d’intention, votre CV. Vous pouvez l’appuyer avec d’autres éléments (photos de pré-repérages, collaborateurs…), mais n’en faites jamais trop (dans l’épaisseur du moins). N’oubliez pas qu’ils reçoivent des dizaines de projets par semaine, et qu’ils ne sont pas obligés de les lire…
- De même, une présentation simple et sobre sera plus efficace qu’un enchevêtrement de style et d’effets visuels. Ça ne vous empêche pas d’avoir des idées ! Reliez l’ensemble des éléments pour faire plus efficace.
- Ne mélangez pas les pièces du dossier. Déjà vu : dans le scénario, à chaque séquence, un paragraphe expliquant l’intention de l’auteur. Brouillon, illisible et quelque peu insultant pour le lecteur. Généralement, s’il commence la lecture, il lira l’ensemble de votre dossier, et mieux vaut lui laisser la liberté d’imaginer l’histoire avant de lui en expliquer les tenants et les aboutissants.
- Ecrire une jolie lettre d’introduction à l’ensemble, en y laissant vos coordonnées. Ça fait bien, personnalisé et ça montre votre motivation !
- Ce qui peut montrer votre détermination, c’est aussi de porter votre projet en mains propres à chaque producteur. Plus contraignant, mais il faut se battre quelque fois pour se faire une place au soleil ! Evitez en tout cas l’e-mail anonyme, sans autre explications ; téléphoner à la production n’est pas inutile quelquefois.
Voilà quelques informations qui sont tirées de choses vues de l’intérieur, en espérant que cela puisse (un peu) servir. Il reste ensuite une bonne dose de chance, de contacts et de mystères dans toutes ces démarches. En espérant que rapidement vous n’ayez plus à vous présenter à un producteur, mais que ce soit lui qui vienne vous chercher…
A lire également :










De la masse des scripts reçus, la plupart partent directement à la poubelle parce que non respectueux des standards, ceux qui restent les rejoignent après lecture parce qu’il s’agit juste de la relation des problèmes psychologiques de leurs auteurs.
Là tu m’intrigues Keymaster. Pourrais-tu développer ?
Les standards, c’est « courrier news, pitch12″, pas de centrage, didascalies et scènes à gauche, 3 tabulations pour les personnages, 2 tabs pour les dialogues.
première apparition capitales suivantes, minuscules, pas de caractères gras, etc.
Si c’est écrit autrement, ça veut dire que vous ne connaissez pas la technique, et que c’est inutile de lire votre script, comment imaginer que vous avez le bon nombre de séquences avec cliffhangers et climax aux bon endroits?
Pour les sujets, la plupart du temps, ce sont des psychothérapies pour leurs auteurs. Il est très rare de voir des sujets réellement écrits pour le public (pour un premier film, comptez deux à trois ans de travail minimum pour écrire un scénario qui tienne la route).
Pensez bien que un ticket de cinéma coûte le même prix pour tous les films, qu’il s’agisse des vôtres ou de ceux de Francis Coppola.
De plus, Si vous voulez que votre sujet soit pris par un producteur, il faut soit lui amener une partie du budget soit lui apporter des éléments qui lui permettent de trouver facilement ce budget. Les producteurs ne cherchent pas de scénarios, ils cherchent à faire des opérations financières dans le domaine du cinéma.
Je dois actuellement monter un film où on discute de tout (budget, comédiens,… ) sauf du scénario dont tout le monde se fiche. Ça a l’air contradictoire, mais si je prend votre scénario, je dois vous payer pour le déposer au CNC sans savoir si je pourrais le monter finalement.
Pour vous faire une idée du monde réel, regardez les bilans des sociétés de productions de cinéma :
http://www.societe.com/cgi-bin/liste?nom=&dirig=&pre=&dep=75&ape=5911C&rec=&exa=&debut=21
Vous verrez qu’elles ont toutes un niveau de dettes financières absolument incroyable et que si c’était dans un autre domaine de l’industrie, elles seraient toutes en dépôt de bilan.
En effet c’est plutôt triste…
D’où l’importance de savoir s’entourer de gens avec qui l’on peut travailler sereinement.
Le tout est de savoir comment démarrer. Et là, le serpent se mord la queue…
Cher Keymaster,
Je trouve votre analyse intéressante mais restrictive.
J’ai travaillé plusieurs années dans l’un des plus gros « studio » français (acquisition/coprod, distribution, édition); sur la forme il y a en effet une norme mais j’ai vu passer pas mal de choses très différentes et les lecteurs lisent quand même, au moins 20 pages. Souvent maximum 20 pages.
En revanche, d’une manière générale, les « producteurs » (moyen/gros) lisent d’abord les fiches de lecture que ce fameux (courageux) lecteur leur prépare, sauf relation intuitu-personae avec la personne qui présente le film. Ce qui est très très (très) souvent le cas il faut bien le dire… et fausse un peu tout le système.
Quant à dire que les sociétés qui développent se foutent pas mal du contenu du scénario c’est également un gros raccourci que je sens être l’expression d’une frustration (légitime sans doute). Les sociétés de prod qui prennent la peine de financer du développement ne le font pas à la légère, et pour cause, c’est de l’argent qu’elle ne reverront pas (en tout cas si elles ne font pas le film).
Quant à l’endettement par contre c’est une réalité: beaucoup de sociétés couvrant les dettes du film d’avant avec le montage financier du film d’après. Bref de la cavalerie… jusqu’à ce qu’elles déposent et remontent et se reforment un peu plus loin avec tonton comme gérant.
Amitiés,
On voit là tout le noeud du problème. Cet article m’est venu à la lumière d’une réalité que Deejod exprime très bien, soit vous partez à la chasse au producteur, soit vous avez un ami producteur. Le tout étant d’avoir un peu de chance, et d’abnégation si vous croyez en votre scénario… Mais le chemin de l’auteur est très dur jusqu’à l’écran!
Le noeud cornélien du lecteur est un passage obligé. Pour avoir expérimenté la grosse société de prod’ et ses contingents de lecteurs, son dir. de développement…, et maintenant la plus discrète où l’assistant de prod « filtre » les scénarios reçus, c’est un peu la même chose : le producteur ne sera intéressé que s’il y trouve quelque chose qui le touche directement. Que ce soit l’histoire ou l’intérêt financier. Mais je peux vous dire que dans les petites sociétés de production, c’est plus le projet qui intéresse, que ses retombées financières qui seront quasiment inexistantes.
Le principal, côté producteur, est de monter le budget. Une fois le film réalisé, le box office est un « plus », mais on sait tous que le système français de financement aide beaucoup les films d’auteurs qui font souvent peu d’entrées, donc c’est pas mal… Au final, le tout est d’avoir derrière une équipe solide, pour produire sérieusement le projet.
Je ne fait pas une généralité de l’absence d’intérêt pour les scénarios par les productions, je ne parlais que de ma petite société de production : je monte actuellement un projet où l’argent a été mis sur la table par les financiers avant même que le scénario soit écrit, il y a déjà les comédiens tête d’affiche et la liste des salles pour la sortie… Et vu les moyens en jeu, il n’y a même pas besoin du CNC ni des chaînes de télé.
Maintenant quand la majorité de la production d’un pays est composée de films dits « d’auteurs », c’est à dire qui n’intéressent pas le public, avec des centaines de sociétés qui vivent en parasites sur le succès des autres, je ne suis pas sûr que notre exception culturelle nous tiennent définitivement à l’abri des réalités économiques.
Toute cette disscussion m’apparait évidente, car les rouages ne sont pas si mistérieux quand on y réfléchis 2 minutes. C’est juste très triste d’avoir ces confirmations de l’industrialisation du 7ème art.
Le code de rédaction du script en est un exemple flagrant: « formaté » Comme si vous disiez à un peintre : « n’utilise que de la gouache ou dégage », c’est tellement réducteur et incohérent car pas du tout relié au potentiel du scénario.
Heureusement que certains vont plus loin que ça.
Les financiers tiennent malheureusement les rennes car c’est la money qui rend le 7ème art faisable. Cependant si il y a bien une chose que le cinéma a prouvé systématiquement, c’est que les réalisateurs les plus fous avec des projets « infaisables » ont toujours eu au final le plus de succès.
C’est de l’art avant tout pour le spectateur, pas une histoire de gros sous. La production est au service du réalisateur et pas l’inverse!
Je ne suis pas persuadé que la production soit au service du réalisateur… Encore que, ça serait le rêve! Peut être d’ailleurs un peu utopique lorsqu’on parle également de réalité « économique ».
Un film, c’est un projet. Et si on se doit de respecter les idées du réalisateur ou scénariste, le producteur a un rôle important à jouer, autant dans la gestion du projet (production, post-production..) que dans son lancement, en recadrant son auteur. Pas en le limitant, mais en travaillant avec lui, en apportant un regard extérieur, différend. Maintenant, vous aurez certains producteurs sur des projets avec des dizaines de millions de budget qui seront à la base de la chose, et le petit producteur qui aura une vraie relation privilégiée avec son auteur, et lui permettra sans doute plus de choses.. Mais si un auteur aborde les producteurs en arguant qu’il sera le seul maître à bord, ça risque de clasher… :)
Quand Polanski, Tarantino ou Sam Peckinpah font un film tu crois vraiment que c’est au service du producteur?
Non, la vision artistique prime et de toute façon même si il y a des consignes elles seront contournées.
La production doit servire de base de soutien au projet mis en oeuvre, c’est à dire le rendre « possible ».
Toutes les autres configuration sont le fait de l’industrialisation du cinéma qui apporte de nouveaux modes de fonctionnements qui ne servent pas directement l’histoire dévellopée.
Les producteurs d’Alien voulaient couper 15 minutes au début du film, j’ai rarement vu un director’s cut raté, bien souvent des gens de bureaux et de finances désirent s’immiscer un peu trop dans ce qui n’est pas leur domaine.
Le producteur doit définitivement rester au service de l’idée qu’il a désiré subventionner et donc soutenir la réalisation, même si tu as raison il faut aussi savoir cadrer les choses intelligement dans le cas ou la dérive serait énorme par rapport au scénar de base par exemple…
Je te dit ça parceque je suis dans la production et je suis bien souvent écoeuré de voir à quel point de très mauvaises considérations de production peuvent torpiller un projet.
Un réalisateur à un rôle précis, mener la barque, deux capitaine qui ne tournent pas la barre dans la même direction ça fait zigzaguer le navire!
Salut à tous,
Pour avoir été au services développement puis prod d’une assez grosse boite de prod télé, j’ai à mon actif la lecture de quelques centaines de projets très variés sur le fond comme sur la forme.
Concernant la forme à adopter pour présenter un projet de la manière la plus efficace, je conseille à tous de suivre les petits « trucs » de MG. Un dossier court (10à20 pages)et clair est toujours plus agréable à lire. C’est pas compliqué, mais j’ai trop vu passer de projets mal définis, pas complets, sans note d’intention ou pire, avec une longue note mais pas de textes.
D’autre part, surtout quand on a pas un CV très rempli à mettre en avant, il faut privilégier le contact personnel: montrer qu’on sais à qui on s’adresse, qu’on connait la ligne éditoriale du producteur, appeler, vérifier qu’il a bien reçu le projet, se montrer disponible, relancer quand il ne réponds pas… vous pourrez être sur que votre projet sera lu et vous aurez une réponse personnalisée, ce qui peut être utile si vous tombez sur quelqu’un prêt à vous indiquer comment affiner votre dossier.
Ceci dit, l’univers de la télé est probablement bien plus souple que le cinéma puisque, vu la variété des formats, on accepte une grande diversité de dossiers selon les formats envisagés; en ciné, les règles sont plus strictes.
Concernant le fond, je ne partage pas complètement l’avis sévère de keymaster sur les producteurs. Tous ceux que j’ai pu rencontrer ont un vrai intérêt pour l’écriture ou plus généralement le développement. Cela ne garantit pas toujours une collaboration extraordinaire, mais, à mes yeux, cela reste encore et toujours ce qui réunit auteurs, producteurs, réalisateurs et techniciens dans ce métier.
Ensuite, si c’est vous qui devez trouver les financement pour monter votre projet, eh bien… c’est vous le producteur! (c’est surtout pas l’autre, celui qui n’a rien à faire du scénar et qui attend qu’on lui donne de l’argent)
Cependant, reste à avoir une vision réaliste de ce qu’on peut proposer. Pas besoin d’être directeur de production pour imaginer ce qui va couter plus ou moins cher (même si ce sera toujours plus!), qui cela va pouvoir intéresser, et comment on pourra le distribuer (et donc le financer).
Finalement, si je ne devais donner qu’un conseil: soyez ORIGINAL.
Avec de bonnes idées on arrive à tout.
Sur ce, bon week-end et travaillez bien!
Laisser un commentaire:
Ils ont commenté…
Écriture 3D acteurs animation argent avatar bande annonce box office caméra Canal + Cannes cinéaste Cinéastes cinéma CNC court métrage documentaire fiction film films financement France gangsters Hollywood Interviews long métrage New York Paris Peter Jackson producteur Production projection publicité réalisateur scénario scénariste scénaristes science-fiction Scorsese Site spectateur spectateurs télévision technique tournage
WP Cumulus Flash tag cloud by Roy Tanck and Luke Morton requires Flash Player 9 or better.
Les derniers articles
Catégories
Archives
Blogroll
Les derniers articles consultés
Les articles les + commentés
Les articles les + consultés
Featuring Recent Posts Wordpress Widget development by YD
Connexion | Article (RSS) | Commentaires (RSS) | Theme Arthemia modifié par Arno Ceres