A serious man, sérieuse déception

[ 27 jan 2010 | 8 Commentaires | Dans les catégories: Analyses, Critiques de film, Par Hephaistos ]

Mes réflexes ne me poussant pas naturellement vers l’analyse filmique, c’est donc à leur encontre que j’irai aujourd’hui et que je fournirai un « point de vue » sur un film encore à l’affiche.

Comme toute chose ne va pas de soi, une petite précision contextuelle s’impose. Dimanche soir, une nuit de boulot dans les jambes, je prends la décision, après diverses tergiversations sur le choix du film, d’aller voir « A Serious Man » des frères Coen au cinoche.

C’est donc guilleret que je franchis les portes de la salle obscure la plus proche, quelques répliques de « The big Lebowski »  et d’ « O’Brother » encore en tête.

J’aurais dû me rappeler de « No country for old men »…

Légèreté, humour bien choisi et scénario délirant étaient les ingrédients parfaits d’une soirée « à la cool » réussie. Les frères Coen méritaient bien le déplacement et sauraient à coup sûr me satisfaire. Critiques élogieuses, nominations nombreuses… c’est à 100% convaincu du plaisir à venir que je m’asseyais dans un fauteuil miteux, complètement excentré du petit écran d’une salle bondée.

La bobine se lance dans le projecteur et… info utile qui servira aux futurs spectateurs : non ce n’est pas une bande annonce. Le court-métrage n’a pas non plus été réinstauré avant projection. C’est bien le film qui a déjà commencé depuis 10 minutes alors qu’on se pose la fatidique question « C’était bien la salle n°3 ici ? »

J’étais donc au bon endroit, et pourtant, si loin de mes attentes… chose qui se confirmera tout au long de la projection.

« A Serious Man », pour ne pas trop raconter le film et briser le suspens de ceux qui ne l’ont pas encore vu, c’est la vie de tous les jours d’un juif, avec vraiment pas de chance.

Les acteurs sont parfaits, les dialogues bien écrits, un certains suspens s’installe, la sauce prend petit à petit, et c’est affamé qu’on attend le grand chambardement. Pour ceux qui ont vu « Les chiens de Paille » de Sam Peckinpah avec Dustin Hoffman, c’est le même genre de rythme qui s’installe dans la première partie. Comment pousser dans ses retranchements un héros calme et réfléchi.

L’attente insoutenable atteignant son paroxysme, c’est là qu’enfin, tout se passe : absolument rien.

Le soufflé qui retombe dans le four, le plat contenant un gâteau appétissant qui glisse des mains et s’éclate par terre, le jouet retiré des mains d’un enfant… la déception, quoi.

Pour employer un exemple plus frappant, c’est comme si après les 45 premières minutes d’Alien, durant lesquels on s’imprègne de l’atmosphère du vaisseau et des personnages avec détails et douceur, la bête n’existait tout simplement pas et les gentils astronautes rentraient avec un gros rhume sur leur planète, et rien de plus. Fermez les rideaux, fin du spectacle, circulez y a rien à voir.

A 8 euros la place (ce qui reste peu cher dans la moyenne des tarifs), je m’attendais quand même à en avoir un peu plus. Pour les quelques millions de dollars que coûte la production de cette catégorie de films je trouve ça quand même léger. Ce qui pourrait être la meilleure réplique tombe même à l’eau puisqu’elle tourne déjà en boucle dans la bande annonce.

La hauteur de mes attentes et le nom des réalisateurs sont sans doute pour beaucoup dans ma déception. Sentiment qui prend malheureusement le pas, malgré un potentiel qui allait, à mon avis, au-delà.

Autre problème majeur que j’ignorais complètement avant visionnage : si vous n’êtes pas juif, c’est malheureux mais vous ne comprendrez pas grand-chose au principe du film. Bon j’abuse un peu certes, mais heureusement que je connaissais les termes « goy » ou « Bar Mitzvah » sinon je n’aurais rien entravé. Les références et l’univers vraiment propre à cette communauté font de ce film un produit un peu… réservé. Je pense donc être passé à côté de pas mal de subtilités, ce qui est assez frustrant.

Cela dit, attention à ne pas se vexer hâtivement de mes propos. J’aurais dit la même chose si le film parlait des Papous de Nouvelle-Guinée sans tenir compte des spectateurs non initiés.

Les critiques étant élogieuses, et les sélections nombreuses, je me dis que je dois vraiment avoir loupé quelque chose. Cependant et comme je ne m’arrêterais pas à une simple analyse, j’aimerais ouvrir le débat de la manière suivante :

Donne-t-on du crédit à un film du seul fait de ses réalisateurs ?

Par exemple, en le justifiant par une espèce de génie décalé, à l’aide de longues tirades philosophiques, dont la subtilité ne toucherait que les plus aguerris. En gros trouver une intelligence là où il n’y en à pas forcément…

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8 commentaires »

  • Mg

    On peut dire aussi que les Coen, comme tout réalisateur avec filmographie longue, peuvent se planter de temps à autre..

    L’impression mitigée de sortie de salle s’est muée pour ma part en réflexion intéressante, le film renferme une force intérieure, une espèce de calme avant la tempête assez édifiant. Les choix des Coen sont peut être discutables. Ceci dit, j’ai été plus déçu par Burn After Reading…

  • Knorc

    Enfin quelqu’un qui pense comme moi ! =)
    C’est vrai qu’on passe un bon moment à regarder ce film, mais la fin est vraiment décevante ! Il n’y a AUCUN dénouement…

  • Zem

    Je partage un peu le même avis. Le début du film est aussi space que son plan final.

    Le même effet de fin que No Country For Old Men et cette sensation d’être vraiment bête car on n’a rien compris…

    Sans parler de tout le background et langage juif qu’il faut maitriser pour saisir toutes les subtilités.

    En somme, un film vraiment pas très ouvert, malgré des personnages et un casting remarquables (à chaque découverte d’un personnage, c’est le rire assuré).

    Perso, je n’aime pas du tout le fait de ne pas comprendre un film une fois celui-ci terminé. Si je dois chercher l’explication de texte sur le net ou revoir le film 10 fois avant de comprendre ce qu’on a essayé de me dire, je trouve ça raté.

    Dommage…

  • alexandre mathis

    je suis content que tu ai écris ça, car je galère depuis ce matin pour écrire sur cet ‘homme sérieux’. Je n’ai pas capté grand choses. plus que les termes qui s’intègrent bien dans leur contexte, c’est tout l’absurde de l’humour juif que je n’ai pas retrouvé. On sent que c’est bourré de références.
    bon dès que j’ai réussi à en dire plus je te le signale.

  • Hephaistos

    Tu as raison Alexandre, sentir toutes ces références et ne pas pouvoir en jouir pleinement s’avère vraiment contrariant.
    Fait nous savoir quand tu en saura plus ;)

  • KLM23

    Je crois que vous êtes passé complètement à coté du film. Faut dire que le rire comme poésie du désespoire, ça ne parle pas à tout le monde. Re-voyez le film (si si Zem, vas-y ! ), et vous verrez qu’il ne parle pas de religion mais bien de quête spirituel…Poser des questions, sans donner de réponses, c’est l’essence même du cinéma des Coens.
    PS: Hephaistos , essayes de ne pas aller contre tes réflexes la prochaine fois :)

  • Hephaistos

    KLM23, je n’ai jamais parlé de religion mais de références culturelles liées à une communauté.
    Je ne suis pas passé à côté du film non plus car je suis plutôt quelqun d’attentif et ouvert. Il est évident qu’il s’agit d’une quête spirituelle, mais de la à vibrer pour ce personnage victime qui part de nul part pour arriver dans le néant, c’est limite comme cheminement…
    C’est juste mon « point de vue » comme je le précise dans l’article.
    Chaqun sa sensibilité, la mienne ne s’émoustille pas de la « poésie du désespoire »… :)
    Poser des questions pour ne pas donner de réponses me semble aussi être un concept un peu trop épuré. Je trouve beaucoup plus mon compte dans le positionnement.
    Encore une fois ce n’est que ma vision des choses ^^

  • Zem

    Pour ma part, j’ai plutôt apprécié le film dans son style. Les personnages sont tous excellents, le casting incroyable, le style 70’s est un régal.

    Mais comme je l’ai dit, être perdu après un film, je trouve cela désagréable.

    L’ouverture et la fin du film sont tellement étranges qu’il DOIVENT être expliqués selon moi (ou en tout cas pour moi). Donc je trouve ça dommage.

    Et je suis sûr que si c’était un parfait inconnu qui avait réalisé ce film, il se serait fait davantage descendre par la critique.

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