La fuite des cinéastes

[ 16 juil 2009 | 10 Commentaires | Dans les catégories: Production, par Zem ]

Faire un film, c’est dur. Faire un film en France, serait-ce encore plus dur ?

Je commence à le croire, malheureusement. Alors qu’on a la chance d’avoir un système de financement qui théoriquement laisse de la place au talent, à l’innovation et à la créativité, dans la pratique, il n’en reste pas grand chose.

Il n’y a qu’à regarder où va l’argent du CNC pour s’en convaincre. Regardez l’aide financière avant réalisation pour les court métrages, les résultats des commissions sont assez parlants: c’est toujours le même type de film qui obtient de l’argent, et bien souvent les mêmes sociétés de production.

J’ai actuellement un scénario de court métrage en « lice » pour la prochaine session; si j’obtiens une aide, je reverrai peut-être ma position, mais je n’y crois pas des masses. C’est la quatrième fois que j’y dépose un scénario et c’est à chaque fois le même résultat et la même réponse, du genre « c’est bien, mais pas suffisant ». Bien sûr, j’écris peut-être des films bidons, mais je pense tout de même être dans la qualité moyenne de la production actuelle. Mais bon, on ne peut pas tout avoir… mais un petit peu serait pas mal !

J’ai récemment été pour la première fois à New York. Et là bas, certaines choses m’ont frappé: l’ouverture d’esprit des gens, leur curiosité, leur goût pour la création et l’initiative. J’ai réellement senti que si on a un projet auquel on s’accroche et qui tient la route, il y aura toujours quelqu’un pour nous aider et croire en notre projet. Je me trompe peut-être, mais pour moi, la différence de mentalité était réellement palpable.

Entre l’esprit fermé du système de production parisien et l’envie de nouveauté américaine, mon choix est vite fait, pour ce court métrage en tout cas (et pourtant je précise que j’ai un producteur sur ce film…). L’histoire, les lieux, les personnages, tout est plutôt idéal à tourner à New York alors si on n’en veut pas en France, pourquoi insister ici et ne pas tenter là bas ?

À force de se targuer d’avoir un système « exceptionnel » de financement du cinéma en France, on finit par oublier ce qui fait vraiment le cinéma: des opinions, des idées… des gens. Pourquoi ne donne-t-on pas leur chance à ces gens ?

On a connu la « fuite des cerveaux », à quand la « fuite des cinéastes » ?

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10 commentaires »

  • Clément

    Je ne peux que te soutenir mon cher Zem.
    J’ai moi même été « recalé » par le CNC, et effectivement on se remet en cause sur notre travail, notre capacité à exercer l’écriture et la réalisation.
    Mais beaucoup de détails font que l’on se pose aussi des questions quand aux volontés des institutions en places à ouvrir leurs portes…
    Toujours le même genre de films sélectionés, des responsables « chaînes » qui exercent aussi au CNC…et puis une fois que les aides automatiques sont distribuées…que reste t-il?
    J’ai d’ailleurs, à force de ras-le-bol… pris ma plume, il y a deux semaines, pour écrire au Ministère de la Culture afin d’évoquer ces sujets.
    (Pour précision, j’ai, le même jour et dans le cadre d’un projet documentaire, sollicité M. Al Gore, ancien candidat à la présidentielle des U.S.A. Son cabinet m’a déjà répondu…j’attend toujours le ministère de la culture…)
    Mes travaux ont été diffusé au Royaume-Uni, en Suisse et en Belgique…jamais en France…
    Si tu as des billets d’avion pour cette « fuite des cinéastes » je suis preneur.

  • Alex

    Bon pour ma part je ne vais parler qu’en tant que simple spectateur, mais j’ai comme une impression que le cinéma français se meurt, j’ai l’impression (ou alors je suis parano) que les aides ne vont que pour des films dits « d’auteurs » ou « drames sociaux », c’est pas que j’aime pas ce genre, mais bon, ça va 5min, j’aimerais avoir des vrais films d’aventures français, des films d’actions français, des polars, qui ressemblent au film us (ou anglais) et si possible avec d’autres têtes que les éternels cornillac, dujardin, depardieu et autres olivier marshal.

    Je ne sais pas sur quels critères sont données ces aides, mais après à première vue, il ne faut pas se plaindre de voir partir à l’étranger tout nos réalisateurs les plus talentueux tel Aja, Siri, Leterrier, Gondry et cie

    Perso, le dernier film français vu au cinéma et qui été sans problème supérieur au ciné US niveau réalisation, c’est le « Nid de guêpes » de Siri…

    PS: les productions Europa (Besson), elles obtiennes les aides?? Car soyons honnêtes, niveau scénario et intelligence, ça casse pas 3 pattes à un canard…

  • Zem (auteur)

    C’est bien que tu soulèves le problème Alex, ce sera le sujet d’un de mes prochains articles ;)

    Pour les productions Europa, je pense qu’elles n’ont pas besoin de beaucoup d’aides… Et dans la masse de films d’actions qui se ressemblent qu’ils produisent, il y a certains films plus intimistes qui en profitent. Et ça c’est bien.

  • Clément

    Je pense qu’une boite comme Europa touche le « Soutien automatique à la production » du CNC.
    Il est attribué aux productions qui ont déjà été soutenues par le CNC et comme son nom l’indique, consiste en un versement automatique de l’aide pour les projets à venir.

  • HusoBey

    L’aide automatique n’est pas si automatique que cela, en tout cas concernant la distribution.

    J’essaie de monter un projet de distribution audiovisuelle, et l’aide automatique aux entreprises de distribution est délivrée pour les boites qui ont investit dans un film français en cours de production. C’est curieux de savoir que pour avoir de l’aide, bah faut que t’ai déjà beaucoup d’argent.

    Si bien que j’ai remarqué des entreprises qui n’ont distribué aucun film sur l’année et qui ont touché l’aide « automatique » à la distribution.

    Il y a donc des critères à respecter.

  • Clément

    Quel cirque ce CNC!

  • Zem (auteur)

    Et attend de voir l’article que j’ai préparé concernant l’aide au court métrage, y a de quoi se poser des questions ! :)

  • Clément

    J’en meurt d’impatience!

  • El Marto

    la fuite des cinésates va conduire a la perte du cinema de qualité francais. voir partir des réalisateurs comme Alexandre Aja ou bien d’autres encore nous conduisent a n’avoir sur nos écran que trop peu de film de qualité, décalé, de genre, et ne nous apportent que des copier-coller de succés américain ou des dobs vu et revu de putain de film « francais » a la con… qui ne partiré pas si on lui donné l’occasion de faire son film ailleur qu’en France? il faudra du temps, de la patience, et un gros combat de la part des cinéastes, distributeurs, producteur,… si nous voulons revoir la pérènisation des bon film FRANCAIS! a nos armes camarades !!!

  • Brice Duan

    Nous sommes tous conscients du problème. Nous voulons tous changer les choses. Mais vraiment plus difficile à dire qu’à faire. Développer du genre, c’est un chemin de croix en France. D’une part, les chaines n’en sont pas friand. Le CNC encore moins. Et le public, ils préfèrent suivre ce qui se passent outre atlantique, car il y a du niveau. Déjà, il faut savoir qu’il y a très peu d’auteurs qui développent du genre (court, long ou série). Pour ma part, étant dans la production de série, sur les centaines de projets que nous sont arrivés, 99% d’entre eux étaient des comédies, ou avaient pour sujet les relations humaines (et souvent à Paris…), avec une mise en scène limitée à du plan fixe et des décors récurrents (dans le style « Un Gars, Une Fille »). Pour faire bouger les choses, il faut d’abord que les auteurs se mobilisent et refusent le formatage orchestrée. Plus facile à dire qu’à faire, comme d’habitude.

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